mardi 26 mai 2015

Les chats du jazz

Les jazzmen aiment les chats. Dans l'argot du jazz un musicien est un "cat" comme dans les expression  "dig the way this cat is blowing !.."  ou bien "Hey man ! Dig the crazy changes this cat is playing !.. ".

Et les chats au fait, aiment-ils le jazz ?


La baronnne Pannonica de Königswarter aimait aussi les chats. Dans sa grande demeure sise au bord de l'Hudson où elle s'installa en 1972, elle en avait, dit-on, deux cent six. On appelait cet endroit la "Cathouse". Pannonica aimait passionnément  le jazz, et la Cathouse devint  fort logiquement un lieu de prédilection et pour certains parmi les plus illustres, un lieu de refuge  pour tous les "cats" que comptait  New-York en ces années là.


"Lassée d'être traitée en indésirable dans les hôtels, Nica, sur le conseil de Thelonious, achète une maison à Weekhaven, dans le New Jersey, maison construite dix ans auparavant par le cinéaste Josef  Von Sternberg, et qui sera baptisée par Monk Catsville, - " Cats " dans l'argot jazz noir américain signifie gars, musiciens - puis Cathouse, en raison de la  centaine de chats recueillis par Nica, militante de la protection animale. 

A travers les immenses baies vitrées, la vue sur le midtown Manhattan et le fleuve Hudson est magnifique. Nica et ses protégés ont enfin trouvé un lieu où se détendre, créer, jouer au ping-pong, dormir, répéter, faire des jam-sessions en toute liberté." 


On y rencontrait à vrai dire tout le Gotha du Jazz. Tous ceux qui comptaient à l'époque, et devenus célèbres depuis,  passaient par là :

Thelonious Monk bien sûr mais aussi Barry Harris, Wynton Kelly, Freddie  Hubbard,  Jimmy Cobb, Art Blakey, Doug Watkins, Hank Mobley, Albert Heath, Ronnie Matthews, Art Taylor, Blue Mitchell, Charles Mc Pherson, Bob Cranshaw, Frank Foster,  Paul Chambers, Cedar Walton, Kenny Clarke, Zoot Sims, Benny Green, Roland Hanna, Elvin Jones, Richard Williams, Bobby Timmons, George Coleman, Joe Zawinul, Benny Golson, Louis Hayes, Thad Jones, Clifford Jordan, Julian Priester, Clifford Jarvis, Bobby Hutcherson, Ron Carter, Bill Evans, Max Roach, Sam Jones, Kenny Burrell, 


Reggie Workman, Charlie Persip, Kenny Drew, Archie Shepp, Gerry Mulligan, Count Basie, Jack Montrose, Melba Lison, Art Farmer, Stanley Turrentine, Jaky Byard, Jimmy Heath,  Johnny Griffin, Herbie Nichols, Junior Cook, Babs Gonzalez, Cecil Payne, Eric Dolphy, Walter Davis, Roy Haynes, Lee Morgan, Red Garland, Bill Hardman, Pepper Adams, Andrew Hill, Wilbur Ware, Sonny Rollins, Sonny Clark, Richie Kamuca, Jay Jay Johnson, Horace Silver, Billy Higgins, Wayne Shorter, Hank Jones, Al Grey, Philly Joe Jones, Duke Jordan, Kenny Dorham, Curtis Fuller, Tommy Flanagan, Sun Ra, Joe Henderson, Cannonball Adderley, Elmo Hope, Clark Terry, Charlie Rouse, John Coltrane, ainsi qu'un certain Miles Davis et j'en oublie...



Il en est resté un extraordinaire ouvrage intitulé "Les musiciens de jazz et leurs trois voeux" qui rassemble tous les polaroids que la baronne avait pris l'habitude de prendre des jazzmen de passage, en les accompagnant  de petites fiches tapées à la machine  où figuraient à sa demande les trois voeux formulés par chacun.



Thelonious Monk vécut à la Cathouse jusqu'à la fin de sa vie. Concernant son rapport avec les chats de Nica, on rapporte quelque part à son sujet qu'il les détestait. Rien ne vient le confirmer, disons qu'à tout le moins il devait les supporter pour faire plaisir à sa grande amie de toujours.





Les chats font partie de l'imaginaire du jazz. De leur démarche souple et furtive, de leur "Cat Walk" ils en hantent les recoins. A commencer par leur présence sur la pochette de ce  disque de Tommy Flanagan, sobrement intitulé "The Cats" et où l'on entend John Coltrane  et Kenny Burrell sur plusieurs belles compositions du pianiste (Eclypso, Minor Mishap) . 




"The Cat Walk" est quant à lui un  thème de Donald Byrd, qui donne son titre à l'album Blue Note BLP 4075.





The "Little Giant", le saxophoniste Johnny Griffin n'est pas en reste avec sa propre composition intitulée... The Cat.


Un autre célèbre félin du jazz feule, ronronne et gronde sous les doigts de Jimmy Smith, aux commandes de son Hammond B3. Ce thème fut justement écrit par Lalo Schifrin pour la musique du film "Les Félins"  de René Clément. (Merci Alexandre !). La tonitruante  version originale mobilise le big band d'Oliver Nelson:





Ceux qui comme moi  tiennent en la plus haute estime Claude Nougaro, autre amoureux du jazz et inégalé sorcier des mots,  ne manqueront pas d'y reconnaître son chat francisé avec verve.






Dès ses origines, les compositions du jazz firent référence ou révérence aux chats, ainsi ce "Tom Cat Blues", de Jelly Roll Morton, interprété en 1926 par le grand cornettiste King Oliver.


Un an plus tôt, Clarence Williams en compagnie de Sydney Bechet avait joué ce roboratif et réjouissant "Wild Cat Blues":



Quelques années plus tard en 1959, Charlie Mingus enregistrait un lancinant et low-down "Pussy Cat Dues",  huitième  plage de l' album "Mingus Ah Hum", l'un des plus grands disques de toute l'histoire du jazz.



Ce petit inventaire félin et jazzistique ne saurait se conclure sans mentionner le nom de "El Gato", alias "Cat" Anderson, spécialiste des envolées stratosphériques dans le suraigu dans la section des trompettes de l'orchestre de Duke Ellington.



Je ne peux non plus manquer  d'évoquer un lieu mythique, disparu depuis, où j'eus le privilège de vivre pendant mes deux années parisiennes en 1968 et 1969 d'intenses et d'inoubliables instants à l'écoute de quelques uns  de ces prodigieux musiciens de légende qui demeurent à jamais dans la mémoire du jazz, Hank Mobley (1), Pepper Adams et Joe Henderson, mais aussi Tony Scott (accompagné par Philly Joe Jones en personne !), Ted Curson ou Charles Tolliver. C'était une cave en clair obscur où l'on accédait par un petit escalier. 

C'était un des club de jazz les plus "hip" au monde, en face du Caveau de la Huchette.  Contrairement à ce dernier, on n'y jouait que du "jazz moderne" et l'on y vit passer un peu plus tôt la fine fleur de cette musique, Bud Powell, Chet Baker, Eric Dolphy, Jackie McLean, Johnny Griffin, Lucky Thomson, Donald Byrd, Bobby Jaspar. Du nom d'une des rues paraît-il les plus étroites de Paris, qu'il jouxtait, il s'appelait..." Le Chat qui Pêche".




(1) Voir à ce sujet sur ce  blog mon article "Solitude de Hank Mobley"

Liens annexes:



Le formidable documentaire intitulé "The Baroness: the search for Nica, the rebellious Rothschild" , réalisé par Hannah Rothschild, la petite nièce de Pannonica de Königswarter est encore disponible sur amazon.


La chanson du Chat qui Pêche:

mardi 3 février 2015

Deux chanteuses oubliées, qui ne méritent pas de l'être. Deuxième partie: Joy Bryan

Joy Bryan n'aura, comme Lucy Ann Polk, laissé que deux albums, "Joy Bryan Sings" sous la référence Mode-LP 108, enregistré en juin 1957 avec le Septet de Marty Paich, et "Make The Man Love Me", sous la référence Contemporary M 6304, les 26, 28 et 29 juillet 1961, avec le soutien  d'une  exceptionnelle section rythmique constituée de Wynton Kelly, Al Viola, Leroy Vinnegar, et Frank Butler.




Ces deux disques ont été réédités sur le label Freshsound en un seul CD, pour le moment encore assez  largement disponible. Il inclut l'essentiel de ce qu'on peut savoir de l'itinéraire de Joy Bryan avec les "liner notes" de Joe Quinn pour le premier enregistrement, et celles de Leonard Feather pour la session Contemporary. 

On y apprend qu'originaire de Newcastle dans l'Indiana, Joy Bryan fut très tôt encouragée à chanter, sous l'influence d'une mère, elle même chanteuse, et d'un oncle prédicateur. (My oncle was a preacher in the Pentacostal church, where we clapped  hands and sang).

Ses débuts musicaux s'effectuèrent à Indianapolis auprès du pianiste Sanford Gold ("it was a strange band for  me to start with", she recalls, "because they had charts like "Groovin high" and "Salt Peanuts", and Dizzy and Bird didn't even exist in my world. During the four weeks with this combo I sat and hummed all the parts to myself and learned to love them.")

Ses premiers engagements dans les jazz clubs de la région lui firent rencontrer des musiciens de la scène locale, comme les frères Montgomery,  Carl Perkins, ou Leroy Vinnegar.

Après avoir quelque temps poursuivi une  carrière de chanteuse et de compositrice à Denver, puis à Salt Lake City, où elle se produit avec le trio de Dave Frishberg, elle finit par s'établir à Los Angeles en 1956. 

C'est là qu'elle sera  remarquée par Jimmy Rowles, expert notoire en ce qui concerne l'accompagnement des vocalistes, et chanteur lui même, qui la recommandera  à Marty Paich.  


Jimmy Rowles

Celui-ci sera  l'arrangeur de son premier album  pour le label Mode en rassemblant autour de Joy une formation de tout premier plan pour l'époque (Jack Sheldon (trumpet) Bob Enevoldsen (clarinet, bass clarinet, valve trombone) Herb Geller (clarinet, alto saxophone) Ronnie Lang (clarinet, baritone,alto saxophone) Marty Paich (piano) Red Mitchell (bass) Mel Lewis (drums)).

Le résultat est à la hauteur, comme en témoigne cette magnifique version de "Round Midnight".


ou ce  "When  it's Sleepy Time Down South":


Après un engagement au "Hungry I" de San Francisco, elle se produira  à Los Angeles avec Rowles et  Red Mitchell (Other than working with the Montgomery Brothers, these concerts were the most fun I ever had in music).

En 1961, Lester Koenig l'enregistre sous le label Contemporary, occasion d'offrir à sa voix plus bel écrin dont une chanteuse de jazz puisse rêver. Wynton Kelly est en effet un merveilleux accompagnateur, le plus grand sans doute, comme on peut s'en rendre compte en l'écoutant aux côtés de Dinah Washington,  mais aussi d'Helen Humes, Teri Thornton, Lorez Alexandria, Abbey Lincoln ou Mark Murphy. 

Wynton Kelly était à cette époque en Californie avec Paul Chambers et Jimmy Cobb, à l'occasion d'une tournée du quintet de Miles Davis qui donna lieu aux fameux enregistrements des "Friday Night and  Saturday Night at the Blackhawk" à San Francisco.


Lester Koenig saisira l'opportunité en empruntant  à Miles Davis sa légendaire "All-Star Rythm Section" pour produire le splendide "Gettin'  Together" d'Art Pepper.


Pour l'enregistrement de la session de  "Make The Man Love Me", Paul Chambers et Jimmy Cobb seront remplacés  par les bassiste et batteur maison, en l'espèce Leroy Vinnegar et Frank Butler, dont le puissant soutien  contribua a quelques uns des  plus beaux fleurons du catalogue Contemporary, (1)

Dans le morceau qui donne son titre à l'album, Joy Bryan donne toute la mesure d'un art vocal d'une très grande sensibilité, sublimé par l'accompagnement magistral de  Wynton Kelly. 


Sur "Almost Being in Love",  Kelly démontre son absolue maîtrise des lignes aériennes et du "comping". Le démarrage à 1:41 de son court chorus, avant les échanges avec Butler et Vinnegar et la reprise de la mélodie est un pur régal à lui tout seul.



"My Romance" est quant à lui un chef d'oeuvre de swing et de légèreté, introduit par la guitare d'Al Viola. On y entend Wynton  Kelly souligner d'un trait vif argent le  "castle" dans "My Romance doesn't need a castle rising in Spain", juste avant de nous gratifier d'un chorus alerte et bondissant, ponctué comme il se doit par Frank Butler ainsi que le faisait Jimmy Cobb, de la marque de fabrique de ce dernier, le très fameux rim shot sur le quatrième temps.



"The world of popular and jazz singing (which overlap and  in effect are often one world) contain two basic types of performer. One, found more often in the non-jazz area, is the show business virtuoso whose salient traits are extrovert projection, heart-on sleeve passion and a crowd-pleasing delivery of familiar material.

The other is the artist like Joy Bryan, whose emotional intensity can be discerned without the need of any such calculated effects, whose sensitive ear and jazz-oriented feeling are reflected in a essentially musical approach. Years of association with jazzmen have imbued her with the realization  that communication in music can be achieved on a person-to-person  rather than performer-to-the masses level. Her taste and honesty are reflected consistently in her work throughout these sides."

Goût, sensibilité, honnêteté, absence d'artifice, intensité émotionnelle, musicalité. Difficile de dire aussi bien  les choses que dans cette introduction de Leonard Feather au dos cet album unique et sans lendemain, un peu comme s'il n'avait plus été possible pour Joy Bryan d'imaginer faire mieux, et que,  d'une certaine façon, cette perfection-là suffisait à sa modeste ambition. Il est précisé sur l'unique fiche wikipedia disponible à son sujet (en allemand curieusement) que 1961 fut aussi l'année de son mariage avec Lester Koenig, son producteur, dont l'illustre firme, on en trouvera ici la passionnante histoire, un temps reprise par son fils John, fut rachetée  à la fin des années 1970 par Fantasy. 

Retournée semble-t-il volontairement à l'anonymat, il ne reste de Joy Bryan à présent, à l'exception de ces deux admirables disques, qu'une seule trace sous la forme d'un crédit photo pour la pochette du  disque "Straight Ahead" (Contemporary S-7635) des très renommés Poll Winners (Barney Kessel, Ray Brown et Shelly Manne),  enregistrés par  son mari Lester Koenig  le 12 juillet 1975.





(1) Pour Leroy Vinegar et/ou Frank Butler, Harold Land ("Harold in the Land of Jazz") , Phineas Newborn ("The Newborn Touch"), Hampton Hawes ("For Real"), Art Pepper ("Smack Up" et "Intensity") Curtis Counce ("You Get More Bounce with Curtis Counce", "Landslide", "Carl's Blues"), Teddy Edwards, ("Teddy's Ready", "Good Gravy",)  Sonny Rollins ("Sonny and the Contemporary Leaders"), Shelly Manne ( "My Fair Lady") etc...






lundi 2 février 2015

Deux chanteuses oubliées, et qui ne méritent pas de l'être.

Après l'indispensable Petit Dictionnaire Incomplet des Incompris  d'Alain Gerber, il faudra aussi un jour écrire celui des Oublié(e)s. Ce sont du reste parfois les mêmes. Ils ou elles ont joué, chanté à la faveur d'une réputation éphémère ou confidentielle, et puis s'en sont allé(es), disparaissant de la mémoire et  de la grande histoire.



Le catalogue de l'éditeur Fresh Sound recèle à cet égard de nombreux incroyables trésors retrouvés à la faveur d'opportunes et souvent improbables rééditions.

Curieusement, mais en fait non si l'on considère leur statut resté longtemps subsidiaire, pour ne pas dire  simplement récréatif ou pire encore décoratif, au sein des orchestres de jazz, à l'exception des  Ella, Billie, ou Sarah devenues divas à leur manière, il s'agit souvent de chanteuses.

Lucy Ann Polk et Joy Bryan en sont le parfait exemple. (Il faudra aussi parler un jour de Dolores Gray, Carol Sloane, Linda Lawson, Jeri Southern, Joannie Sommers, Beverly Kenney, Lorez Alexandria, Teri Thornton, Carline Rey et tant d'autres.) Les  discographies de Lucy Ann Polk et de Joy Bryan  ont en commun de ne comporter que deux enregistrements répertoriés et réédités en CD, ainsi que sur deux d'entre eux le fait  de bénéficier d'arrangements de Marty Paich. La présence du nom de ce dernier sur une pochette vaut toujours à elle seule garantie d'excellence.

En ce qui concerne Lucy Ann Polk, la notice Wikipedia est des plus succinctes, et il en faudra plus pour donner à sa biographie l'épaisseur de celle consacrée par Ellen Johnson à  Sheila Jordan,  à la carrière et à la notoriété sans commune mesure il est vrai.




Une première session, enregistrée à Hollywood en juillet 1953 nous la fait entendre sur de célèbres compositions de Burke & Van Heusen, au sein du Dave Pell Octet, accompagnée par Don Fagerquist (tp),  Dave Pell (ts) et Claude Williamson au piano, sur des arrangements de Shorty Rogers, autant dire ce qui se faisait de mieux à l'époque parmi les West Coasters.



"Swingin on a star", "Polka dots and moonbeams", "It could happen to you", sur toutes les plages la musique coule, limpide et heureuse.  L'exactitude dans la nonchalance, rien ne saurait mieux caractériser ce jazz californien des années cinquante. On ne peut que repenser en l' écoutant à ce qu'en disait il y a quelques années  Jacques Réda:

La West Coast... Qui s'y aventure s'y repose,
parmi des ombres et des clartés qu'un vent frais balance dans la tiédeur,
dans un espace clos où l'on voit miroiter au loin, par des trouées, la mer.

It could Happen to You:



But Beautiful:

Swingin' on a star:

La seconde session fut  enregistrée quatre ans plus tard, toujours à Hollywood, le 12 juillet 1957, publiée sur le label Mode sous le titre  "Lucky Lucy Ann". Lucy Ann Polk  avait alors trente ans. Comme souvent, Marty Paich y officie à la fois comme pianiste et comme arrangeur. On lui doit en particulier ce jubilatoire "Don Cha Way Go Mad", composé par Illinois Jacquet et Jimmy Mundy, sur des paroles d'Al Stillman,  et popularisé dans les versions de  Mel Tormé, Ella Fitzgerald et Frank Sinatra. On ne manquera pas en passant d'apprécier le délicieux "rendezvous" de Lucy Ann  dans:

"I must confess what you say is true
I had a rendezvous with somebody new
That's the only one I ever had
Baby, baby, don'cha go away mad"



How about You:

Just  A-Sittin  and  A-Rockin:



On prêtera de plus attention sur ces plages à la pulsation toute en souplesse et fluidité  entretenue par le tandem basse batterie Buddy Clark /  Mel Lewis. Le saxophone ténor mériterait à lui tout seul de figurer au répertoire des inconnus illustres, puisqu'il s'agit de Bob Hardaway, multi instrumentiste très actif dans le cadre des enregistrements de musiques de films pour les studios hollywoodiens. On peut trouver encore en édition japonaise un des rares disques,  probablement  le seul, enregistré sous son nom, en quartet avec Marty Paich et Larry Bunker, pour  le label Bethlehem (Bethlehem BCP 1026) alors même  qu'il avait  participé a de très nombreuses sessions en Big Band (avec Woody Herman et Stan Kenton notamment).



Pour la petite histoire Bob Hardaway est le fils de J.B. "Bugs" Hardaway, créateur du personnage de Bugs Bunny,  ainsi que plus tard celui de Woody WoodPecker pour les studios  de Walter Lantz.




A suivre Joy Bryan...

dimanche 1 février 2015

Art Blakey's Jazz Messengers at Ronnie Scott's

Cette video, parle d'elle même... Tout commentaire est superflu.

mercredi 19 mars 2014

Sur wbgo.org Sheila Jordan, dans un Anthropology d'anthologie...

Michael Bourne est le présentateur sur wbgo.org d'une séquence intitulée "Singers Unlimited" et dédiée comme son nom l'indique à toutes les voix du Jazz. On y retrouve sans suprise celles des Billie, Ella, et Sarah, mais la programmation sort souvent des sentiers battus en faisant (re) découvrir des voix oubliées ou méconnues,


ainsi qu'en témoigne cet extrait d'une "playlist", diffusée il y a quelques semaines cours d'une séquence consacrée à la reprise vocale de compositions originales de Charlie Parker:


Cette  paraphrase bebop du "I Got Rhythm" de Gershwin, le fameux AABA en trente deux mesures appelé aussi "anatole"  est restée longtemps un des morceaux  de bravoure du tandem Charlie Parker Dizzy Gillespie dont voici la version originale:



Sheila Jordan en donne une version enthousiasmante, sublimée par l'accompagnement magistral de de Kenny Barron au piano et de Ben Riley à la batterie (Harvie Swartz est à la basse) . Elle figure dans "Lost and Found", un disque non réédité depuis la disparition du label Muse, mais dont on parvient encore à trouver quelques exemplaires en occasion sur amazon.com. A défaut, on pourra au moins encore la retrouver sur Youtube :


Sheila Jordan est née en 1928 à Detroit, elle aura donc quatre-vingt-six ans aujourd'hui. Elle se produisait encore le 13 octobre dernier à la St Peter's Church  aux côtés de Barry Harris, après avoir reçu de multiples distinctions comme ce titre de Jazz Master décerné en 2012 par le NEA (National Endowment for the Arts), la reconnaissant comme une des dernières grandes légendes vivantes du jazz vocal. Elle aura d'ailleurs elle même côtoyé les plus grands, Thelonius  Monk, Miles Davis Sonny Rollins ou Charles  Mingus dès les années cinquante à New York,  et à commencer par  Charlie Parker  qu'elle considère comme son mentor, son guru et dont elle aime particulièrement  reprendre le répertoire en en club ou en concert comme ici à Trieste en 2006 en duo, simplement accompagnée par la contrebasse de Cameron Brown (ex Jazz messenger d'Art Blakey dans une de ses formations un peu moins connue, aux côtés de Dave Schnitter et Bill Hardman ).


Une vidéo, initialement associée à un projet multimedia, intitulé "Jazz Child, The Sheila Jordan story", à l'initiative de la chanteuse Ellen Johnson, retrace l'itinéraire de Sheila Jordan. Le projet est resté inabouti à ce jour, mais on attend prochainement la sortie du livre  "Jazz Child, a portrait of Sheila Jordan" [Maj le livre est enfin sorti on le trouve ici]




Sheila Jordan en 1963 dans sa reprise du célèbre  "Dat Dere" composition de Bobby Timmons, extraite de "Portrait of Sheila", son premier et unique disque pour Blue Note :




Sheila Jordan partage aujourd'hui son expérience en enseignant la technique vocale  aux nouvelles générations dans de nombreux "workshops". On l'entend ici développer sa conception de l'enseignement du jazz:


Dans cette autre vidéo, sur un enregistrement la voix de Sheila Jordan, la chanteuse Judy Niemack démontre avec deux étudiantes l'art et la manière de swinguer en "scat" sur un blues mineur:


Et pour finir "My life is dedicated to jazz" une vidéo mise ligne par l'indispensable Bret Primack alias "Jazz Video Guy" dont la chaîne Youtube est une véritable mine d'or (Rollins, Coltrane, Phil Woods, Mulgrew Miller etc...).


Voir aussi le site de Sheila Jordan: sheilajordanjazz.com

mardi 17 septembre 2013

The Good Feeling: le making of...

Dans cette vidéo, Christian McBride explique la genèse de son disque en big band, "The Good Feeling" ainsi que ses débuts dans l'écriture d'arrangements après que Wynton Marsalis lui eût demandé en 1985 d'écrire une partition pour son Lincoln Center Jazz Orchestra.

"J'ai toujours écouté ces enregistrements de big bands, Ellington, Basie, Thad Jones-Mel Lewis et même les petits ensembles comme les Jazz Messengers d'Art Blakey. J'essayais de transcrire les parties de cuivres, mais  le premier enregistrement que j'ai écouté et qui ait réellement marqué mon imagination en ce qui concerne l'art de l'arrangement été "The Blues and the Abstract Truth" d' Oliver Nelson."





samedi 14 septembre 2013

Quatre disques de Christian McBride...

Christian McBride a le physique opulent du son de sa contrebasse, ample et généreux. Il est l'héritier des  bassistes à la ligne puissante et imperturbable, les Doug Watkins, Paul Chambers, Wilbur Ware, et Ray Brown bien sûr, avec lequel il avait formé le mémorable et impressionnant Superbass, une formation de trois contrebasses, en compagnie de John Clayton. (Ici dans "Blue Monk" enregistré en 1997 à Cologne avec le big band de la WDR)




"Kind of Brown" donne à entendre un jazz mainstream d'excellente facture,  qui n'oublie jamais de swinguer. C'est le genre de choses qu'on peut entendre jour et nuit sur wbgo.org, radio jazz basée dans le New Jersey à Newark, l'une des meilleures sur internet avec "The bay area jazz station", la californienne kcsm.org à San Mateo. L'esprit est celui  des sessions "Blue Note" de la fin des années soixante. La couleur donnée par le vibraphone de Warren Wolf fait  penser aux disques de Bobby Hutcherson, mais aussi à à "The Sequel" du regretté Mulgrew Miller, où l'on retrouve à l'exception de la trompette de Dave Eubanks, une instrumentation identique  et dans les deux enregistrements les  saxophones  alto et soprano de Steve Wilson.


La pièce maîtresse de l'ensemble est "The Shade Of The Cedar Tree", une composition tout à fait enthousiasmante de Christian McBride, l'une de celles que l'on aime à  se repasser en boucle. Le titre est un hommage à Cedar Walton dont la disparition le 28 août dernier, peu après celle Mulgrew Miller, est venue raréfier le cercle restreint des très grands maîtres historiques du piano "hardbop" encore en activité. Christian McBride a su parfaitement retrouver dans ce thème la couleur et la dynamique très particulière d'autres compositions mémorables de Cedar Walton, telles "Mosaïc", "Fantasy in D" (alias  "Ugetsu" avec les Jazz Messengers), ou "Bolivia". Il semble d'ailleurs l'affectionner particulièrement pour l'avoir incluse au répertoire de son big band et à chacun de ses concerts.


"People Music" reprend une instrumentation identique. En présentant le disque en avril dernier à sa sortie dans  Openjazz, Alex Dutilh avait fait fort justement remarquer que le remplacement  par le vibraphone  de la trompette plutôt attendue dans ce contexte amenait à Christian McBride des possibilités harmoniques tout à fait particulières. On retrouve aussi la forte empreinte "Blue Note" de "Kind of Brown". 

Le titre phare de l'album est "Listen to the Heroes Cry", une autre  composition du bassiste qui me rappelle par  le balancement de son ample introduction deux autres thèmes: "Armageddon" de Wayne Shorter dans l'album "Night Dreamer" ainsi que "In Search of the New Land" dans l'album éponyme de Lee Morgan. Sur cette piste, Ulysses Owen Jr. est à la batterie aux côtés de Christian Sands au piano, partageant le reste de la  session  avec  Peter Martin et Carl Allen.



"The Good Feeling" porte bien son titre. Christian McBride est ici à la tête d'un Big Band, où il a rassemblé la crème des musiciens de la nouvelle scène New Yorkaise: une solide section de saxes (Steve Wilson, Todd Bashore, Ron Blake, Todd Williams, Loren Schoenberg, Carl Maraghi), une brillante section de cuivres (Frank Greene, Nicolas Payton, Nabate Isles à la trompette) et  Steve Davis, Michael Dease, James Burton, Douglas Purviance aux trombones et trombone basse. Le tout est emmené par Mcbride, Xavier Davis au piano, avec à la batterie le percutant Ulysses Owen Jr, qui trouve également au sein  d'une grande formation l'occasion de faire des étincelles.

On retrouve une version magnifiée de "The Shade of the Cedar Tree", ainsi que des arrangements d'une redoutable efficacité, dans la grande tradition des  Bill Holman et autres Sam Nestico chez Count Basie que la reprise de "Broadway" ne manque pas d'évoquer évidemment.



"Out There" vient de sortir et fait entendre le trio de Christian McBride dans une grande variété de climats et de tempo, dont une reprise de "My Favorite Things", deux ballades, "I Guess I'll Have to Forget", "I have dreamed" qui met en valeur le son profond du  bassiste à l'archet, un superbe "East of the Sun (and West of the Moon)" en tempo medium comme il se doit, un "Hallelluiah Time" où Mcbride et Owen Jr font irrésistiblement penser à Ray Brown et Ed Thigpen quand ils propulsaient les envolées d'Oscar Peterson, et pour finir  ce qui semble être devenu le morceau  de bravoure incontournable de la formation, un "Cherokee" survitaminé. 

L'introduction à la basse et aux balais par Mc Bride et Owen Jr est un grand moment de swing intense tout comme l'instant où ce dernier passe en un éclair  des balais aux cymbales. Le dialogue avec McBride met en vedette Ulysses Owen, d'abord sur la caisse claire aux balais, qu'on a rarement entendus aussi percutants depuis Philly Joe Jones, et aux baguettes ensuite sur le reste de l'instrument, pour  quelques mesures explosives avant la reprise du thème et une coda ausssi abrupte que  millimétrée.



Autant de raisons d'écouter (et d'acheter, merci pour eux...) ce disque que Christian McBride a tenu  à présenter lui-même en détail sur  son site, christianmcbride.com aux côtés de son batteur Ulysses Owen ("a dynamo little bird " !) et  où il évoque son mentor, son héros, Ray Brown...




vendredi 13 septembre 2013

Heureux qui comme Ulysses...



Il s'appelle Ulysses Owens Jr...  Je l'avais entendu pour la première fois dans "Listen to the Heroes Cry" extrait de l'album"People Music" de Christian McBride  qu'avait présenté Alex Dutilh dans son émission Open jazz à l'occasion de sa sortie en avril dernier. En cherchant le soir même sur Youtube, j'avais découvert une vidéo du jeune batteur: son jeu de balais et de cymbales sur un Cherokee pris à un tempo d'enfer y est proprement éblouissant. Quant à sa gestuelle, elle possède la souplesse et l'élégance de celle des  plus grands maîtres de l'instrument, je pense à Philly Joe Jones.


Voici la vidéo ( le lien ouvrira  une nouvelle fenêtre youtube) :


(Ndr: Il en  existe une autre version, enregistrée en 2009 au festival de Bratislava, que l'on trouve reprise sur le site du batteur mais avec une qualité de son et d'image nettement inférieure:



Quoi qu'il en soit c'est du très grand art. Je me suis immédiatement procuré le disque où l'on retrouve la  version enregistrée en studio, et tout aussi explosive, de ce Cherokee d'anthologie. 

Ulysses Owen Jr est pour le moment  le batteur attitré de Christian Mc Bride avec lequel il a enregistré plusieurs disques, tous excellents, et que je me suis également empressé d'acquérir par fidélité rétrograde au support physique.

On pourra aussi admirer le style de Ulysses Owen Jr, tout en  puissance et en finesse, sur ces superbes images enregistrées avec Kurt Elling en 2011 à la Jazzwoche de Burghausen.




D'autres vidéos et l'annonce de son nouveau disque, "U.O. Project, It's Time for You" sur le site de Ulysses Owen Jr.



jeudi 11 avril 2013

Le sourire de Paul Chambers

Vous est-il arrivé un jour de vous demander, en partance pour l'île déserte, quel serait, s'il n'en fallait garder qu'un, l'indispensable, l'irremplaçable  DVD de jazz à ranger dans la besace. Il ne m'a pas fallu très longtemps pour élire ce "John Coltrane, Live in '60 '61 & '65", dans la série "Jazz Icons", qui est une référence absolue du genre.


La raison en est une séquence filmée le 28 mars 1960 par la télévision allemande. Pour remettre les choses dans leur contexte, c'était la première fois que Coltrane venait en Europe, dans la formation de Miles Davis, à l'occasion d'une tournée du J.A.T.P (Jazz at the Philharmonic) organisée par Norman Granz. Au programme de cette année-là figuraient également les formations de Stan Getz et d'Oscar Peterson. Le J.A.T.P. avait derrière lui une tradition bien établie de "jam sessions" survoltées en fin de concert, occasion  ou prétexte à confrontations entre membres des différents orchestres engagés, et souvent unique occasion de pouvoir d'entendre en même temps des personnalités aussi différentes que pouvaient l'être celles de Johny Hodges, Ilinois Jacquet, Lester Young ou Charlie Parker. 



Miles Davis n'aimait pas les jam sessions. Granz avait initialement programmé trois séances avec les trois leaders, qui devaient bien entendu se retrouver tous ensemble à la fin. Il ne s'émut donc pas outre mesure du refus de Miles de sacrifier à la coutume. L'histoire ne dit pas si c'était parce qu'il  avait été ce jour là  particulièrement mal luné ou s'il n'avait appris qu'au dernier moment l'existence du contrat avec la télévision. Il n'en reste pas moins qu'en arrivant à Düsseldorf il décida ce jour-là de ne rien jouer du tout.


Pour éviter une annulation,  Granz rattrapa les choses auprès de la West Deutsche Rundfunk en proposant à la place une session avec Oscar Peterson, une session avec Getz, ainsi qu'une jam session finale. Coltrane accepta quant à lui de jouer trois morceaux, avec le Quintet de Miles Davis devenu en l'absence de son leader le Quartet de John Coltrane. C'est ainsi que nous sont parvenus, sauvés de l'oubli trois (quatre en fait) véritables trésors de que l'on nommait alors le "jazz moderne".

Pour sa nouvelle section rythmique, Miles Davis venait juste de décider qu'il ne conserverait que son bassiste Paul Chambers. Philly Joe Jones et Red Garland, qui s'illustrèrent en particulier dans la série Cookin', Steamin', Relaxin', Workin' pour Prestige furent remplacés par le tandem Jimmy Cobb et Wynton Kelly. Ils rejoignirent la formation de Miles en même temps que leur ex-leader Cannonball Adderley, et participèrent avec lui à l'enregistrement de l'historique session  "Kind of Blue".


C'est avec l'accompagnement  de ce nouveau trio que fut enregistrée la session de Düsseldorf. Je ne le redirai jamais assez, entre toutes les innombrables configurations piano/basse/batterie qui jalonnèrent l'évolution du jazz et de ses styles,  je tiens celle-ci pour la plus accomplie, la plus excellente, la plus satisfaisante de tout ce qu'il m'ait jamais été donné d'entendre en ce domaine. La plus emblématique de ce que peut bien vouloir dire "ça tourne !..", dans le jargon des musiciens de Jazz. Oui  décidément et en toutes occasions, ces trois  là  "tournent" et "pulsent" comme un seul homme. 

Il faut absolument les écouter  derrière Coltrane  dans le premier album enregistré sous son nom par Atlantic  et simplement intitulé "Coltrane Jazz".  (Le disque inclut un  "Village Blues" qui, avec l'arrivée d'Elvin Jones  et  de McCoy Tyner, ouvre pour Coltrane un nouvel horizon, annonçant  la  révolution de  "My Favorite Things", mais ceci est une autre histoire).


Tout au long des sept plages, le jeu de Wynton Kelly s'impose et explose, porté par le gros son et la puissante ligne de basse de Paul Chambers. Il faut y ajouter l'imperturbable régularité  de la grande cymbale de Jimmy Cobb (voir aussi sur ce blog mon billet "le coup de maître de Jimmy Cobb"). Ce dernier adorait marquer avec elle les quatre temps en noires égales, comme le faisait Vernel Fournier derrière Ahmad Jamal, tout en les ponctuant  de brefs éclats de caisse claire, de hi-hat  et de grosse caisse. Il s'était fait aussi une spécialité,  quand la tension venait  à son comble, d'un simple et diabolique "cross-stick" asséné  tous les quatrièmes temps sur le cercle en métal de sa caisse claire. 


Ce disque  est la meilleure occasion, s'il en fallait une, de resituer à sa juste la mesure l'originalité du jeu de Wynton Kelly et de ce que lui doivent aujourd'hui les plus grands noms du piano moderne, je pense en particulier à Herbie Hancock : une articulation  aérienne, des lignes qui rebondissent de mesure en mesure, imprégnées de tournures "bluesy", où s'équilibrent  à merveille tension et détente. Sous ses doigts, la phrase se distille en notes perlées qui semblent s'envoler, et ne jamais finir de porter, par paliers graduels, l'effervescence à son comble. 

Wynton Kelly, donc,  swinguait comme personne, et je  suis certain qu'être accompagné par lui ne devait pas être un moins pur bonheur pour les solistes que celui de s'arrêter pour simplement l'écouter jouer.

On retrouve cet équilibre, ce constant état de grâce dans deux autres disques avec "la-section-rhythmique-de-Miles-Davis-sans-Miles-Davis", "Live at Tsubo's" de Wes Montgomery, dont j'ai déjà  parlé ici, ainsi que  "Gettin together" signé par Art Pepper.


Aussi incroyable que cela paraisse, et à l'exception d'un célèbre et précieux document montrant Miles et Coltrane dans un monumental "So What", 




il n'existait à ma connaissance avant la parution du DVD de Jazz Icons aucun document filmé montrant en action le trio Chambers, Cobb, Kelly.

Cela méritait bien au moyen d'une série de captures vidéo, une petite visite guidée commentée et minutée des moments-clé de ces séquences historiques.

00:00:15
Wynton Kelly expose les accords de "On green Dolphin street":


00:00:28
Plan d'ensemble sur Coltrane et sa section rythmique


00:01:02
Jimmy Cobb se saisit des balais pendant que Coltrane expose le thème:


00:02:34
Une belle image de Coltrane de profil pendant son chorus avec un curieux artefact, comme une trace d' oscilloscope


00:05:20
Les mains de Wynton Kelly sur le clavier au début de son premier chorus


00:06:06
Wynton Kelly et son clavier en superposition, un bel effet souvent  sollicité dans ces séquences. Kelly improvise pendant que Jimmy Cobb fait monter la tension à l'aide de ses légendaires "cross-sticks" sur le quatrième temps.


00:07:13
Fin du solo de Kelly et chorus à l'archet (une grande spécialité de Paul Chambers)


00:08:16
Reprise du thème, Jimmy Cobb aux balais à nouveau, et conclusion sous des applaudissements, paraît-il rajoutés.


00:09:37
Le quartet enchaîne sur "Walkin", un grand classique  régulièrement joué aux côtés de Miles Davis. Le tempo est vif medium, et  Jimmy Cobb l'installe sans détour à la grande cymbale. La capture le saisit tournant la tête de côté, indiquant de sa part, pour avoir eu l'occasion de l'entendre il y a quelques années au Jazz Festival de Vienne, l'expression un moment de swing particulièrement intense.


00:10:57
Après  au passage avoir cité  sa composition "Some Other Blues", de l'album "Coltrane Jazz", Coltrane improvise quelques chorus en longues lignes sinueuses entremêlées d'harmoniques, ces fameuses "sheets (nappes)  of sound" qui en leur temps défrayèrent  la chronique.


00:12:42
Chorus de Wynton Kelly, Cobb, flou, à l'arrière plan semble aux anges


00:13:30
Belle superposition des mains droites Kelly au clavier,  Cobb sur sa cymbale ride, pendant que Cobb continue d'asséner ses "cross-sticks" de la main gauche.


00:13:54
La rythmique tourne à fond:


00:15:15
Paul Chambers à l'archet:


0:17:50 
Ré exposition du thème, Kelly swingue sur le blues, conclut en block chords pour amener le solo de  Chambers à la basse.


0:18:38
Chambers improvise en pizzicato


0:18:42
Au moment où Kelly rentre à nouveau, et où Chambers repasse en "walking bass", il se produit tout à coup quelque chose de magique. Il faut  regarder ces images au ralenti. Paul Chambers esquisse un sourire, et celui-ci s'agrandit peu à peu, finissant par à illuminer complètement un visage jusqu'alors  fermé. Il me plait de penser qu'il y a dans cet instant fugace toute la grâce et l'intime secret de cette musique. 

00:19:07
Un ultime chorus 


00:19:31
avant le célèbre final


00:20:03
Kelly expose les accords  d'"Autumn Leaves"

00:23:13
Tandis que Coltrane enchaîne sur ceux de "What's New", dont il développe la mélodie, rappelant qu'il était déjà aussi un magistral de interprète ballades.


00:23:40
Encore un superbe jeu d'ombres et de  lumières sur "What's new"


00:23:50
Soudain dans la pénombre un invité de marque. Rappelez-vous que Norman Granz voulait sa jam session.

00:24:16
Mais oui, c'est bien Stan Getz !


00:26:07
Dans la pénombre, un mystérieux  pianiste vient remplacer Wynton Kelly


00:26:07
Exposé de  "Hackensack", thème de Thelonius Monk et rencontre au sommet entre deux géants du saxophone ténor


00:32:21
Le pianiste est Oscar Peterson !


00:31:50
Mains puissantes, carrure de géant, la prodigieuse machine à swing tourne à plein régime...


00:32:53
Les ultimes et traditionnels quatre quatre entre Jimmy Cobb,


00:32:58
et les deux saxophonistes avant reprise finale du thème à l'unisson.


Le DVD ne s'arrête pas là , et  ce sera l'objet de la deuxième partie de cette contribution dont le seul but était de vous donner envie d'en faire l'acquisition toutes affaires cessantes . Les captures d'écran précises et minutées ont été réalisées sous Mountain Lion avec l'excellent logiciel DVD Snap 3 (publicité gratuite).