mardi 10 mai 2016

En attendant la deuxième édition du Festival de Jazz de Saint Etienne les Orgues...

Saint Etienne les Orgues petite commune de Haute Provence sise au pied de la montagne de Lure, où l'auteur de ce blog a le bonheur de résider pourrait-elle bientôt devenir un de ces lieux en France, accueillants pour les musiques et  les musiciens de jazz  ?


Il en existe encore  de très nombreux,  de Marciac à  Coutances, pour les plus prestigieux,  et de plus confidentiels mais non moins courus quand vient l'été, je pense en particulier à celui de Saint-Cannat (Jazz à Beaupré), à deux pas  d'Aix en Provence où l'on attend cette année encore Kenny Barron, en cet endroit au milieu des vignes, qu'il semble affectionner. J'y étais allé l'écouter  le lendemain  de la venue du trio de  Hank Jones accompagné de ce merveilleux batteur qu'est Willie Jones III  pour un de ses derniers concerts avant sa disparition, lors de la onzième édition en juillet 2009.

Contrairement à ce que des esprits mal informés pourraient croire, la scène du jazz en France reste  malgré des difficultés conjoncturelles (baisse des subventions, problème des intermittents du spectacle) d’une exceptionnelle vitalité. Jamais il ne s’est trouvé autant de nouveaux talents, de disques, de concerts, de magazines, de ressources sur le web, et le public sans doute lassé de l’insipide  musique de grande consommation est au rendez-vous, que ce soit pour applaudir d’illustres vétérans aussi bien qu’une nouvelle génération débordante  d’énergie et de talent par qui la relève est assurée.



Le Festival de Jazz de Saint-Etienne les Orgues, à l'initiative de  la Mairie et avec le concours de Max Bontoux, lui même organisateur du festival de Ville sur Auzon, a connu sa première édition en juillet dernier. Raphaël Imbert en fut intronisé le parrain, ce qui, connaissant sa réputation, son dynamisme et son entregent , laisse augurer de grandes choses.  

On y annonce pour  juillet le trio de Rhoda Scott, grande dame du Hammond B3. J'avais particulièrement aimé  son « Lady Quartet », avec Lisa Cat-Berro, sax alto, Sophie Alour, sax ténor, et Julie Saury à la batterie. [MaJ] C'est officiel, c'est bien avec ce même quartet que nous aurons l'immense joie de l'applaudir cet été sur la scène du Théâtre de verdure, idéalement aménagé par la commune à cet effet !



[Maj] deux vidéos de présentation des deux festivals jumeaux de Ville sur Ozon et de Saint Etienne les Orgues viennent d'être mises en ligne:




P.S. Sur le Coeur qui Jazze, on se plait déjà à imaginer, sait-on jamais, ce que d'aventure pourrait être le programme  de prochaines éditions. 

Tiens et pourquoi pas Camille Bertault la star montante du vocalese  à la française, pour laquelle ce blog n'a guère caché son enthousiasme ? Ou Laurent Courthaliac , invité à Coutances pour l'édition 2016 de Jazz sous les Pommiers ? 

Et puis, ce serait vraiment magnifique, rien moins que Le Roi René, autement dit René Urtreger , un de nos plus grands jazzman, auquel Agnès Desarthe vient de consacrer une biographie inédite ? 

Et  pourquoi pas non plus, allez, au hasard ou presque,  Olivier Hutman, Laurent de Wilde, Sophie AlourAnne Paceo, Sébastien Texier , digne fils de son père Henri ? Céline Bonacina ? Samy Thiebault ?  Géraldine Laurent ? autant d'étoiles montantes ou déjà brillantes au firmament du jazz qu'on dit hexagonal.

Réentendrons-nous aussi un jour prochain sur cette même scène du Théâtre de verdure le trio que mon ami Henri Florens, Raphaël Imbert et Marion Rampal avaient formé en décembre dernier à l'occasion d'un concert inoubliable au Café Provisoire de la MJC de Manosque ?




Et puis, voyons plus loin, soyons fous, rêvons à voix haute, appelons de nos voeux l'impensable, conjurons l'impossible et tutoyons l'utopie !.. Il reste si peu de grandes légendes encore vivantes du jazz. L'une d'entre elles parcourt toujours  le monde, animant, de l'Italie au Japon,  pour des étudiants de toutes nationalités,  des workshops (ateliers) particulièrement recherchés. 

Il continue inlassablement à transmettre la flamme, enseignant ce qu'il appelle  « The Spirit of Bebop ». Il accompagna les plus grands, le gotha du jazz moderne. Ses disques sont recherchés par les  plus pointus des amateurs et collectionneurs. 

Il n'est quasiment jamais venu en France, les grands festivals l'ignorent, je me demande bien pourquoi (*). Il vient de fêter en décembe dernier ses  quatre vingt sept ans. Il est ce qu'on appelle au Japon un trésor national vivant, éminemment respecté comme dépositaire d'une tradition précieuse, à préserver à tout prix. Son nom est Barry  Harris.




Alors, Barry Harris, invité d'honneur un jour futur au Festival de Jazz de Saint Etienne les Orgues ?  Le premier disque de Camille Bertault, dont on trouvera sur ce blog la  chronique détaillée s'intitule « En Vie ». 

« Envie » , « En vie »...

Ce titre lui a été inspiré dit-elle par une citation de Jacques Brel. Rien ne saurait mieux convenir à ce billet en guise de point final ou plutôt non, de point de suspension, marquant comme une attente, celle des choses à venir (1) .

« Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir, 
et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns. »



(*) Barry Harris est au moins venu une fois en France. C'était à Rennes en 2009. Il en reste un album "Live in Rennes", enregistré sur place.


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(**)  « Things to come » est le nom d'une composition de Dizzy Gillespie qui en révolutionnant  la musique de son temps, ouvrit en grand  au jazz les portes d'un nouveau monde.


samedi 7 mai 2016

Le Choeur PSL (Paris Sciences et Lettres) et Raphaël Imbert à Saint Etienne les Orgues

Il arrive parfois de vivre des moments de grâce ,  « Amazing Grace » , tel ce gospel interprété en ce premier mai à la médiathèque de Saint Etienne les Orgues par la chorale Paris Sciences et Lettres, venue tout spécialement de la capitale offrir un superbe  écrin au(x) saxophone(s) de notre célèbre voisin Raphaël Imbert, « Our Man In Jazz » comme il me plaît de l'appeler, en référence à  un album essentiel de Sonny Rollins. Un concert avait été donné la veille  en la cathédrale Notre Dame du Bourguet  à Forcalquier, pour la première partie d'un programme de musique sacrée intitulé  « De Bach au Gospel : la spiritualité en musique ».





Cet  ensemble vocal, sous la conduite de  Johan Farjot, est avec l'orchestre symphonique qu'il dirige sous la même appellation une composante du collectif Paris Sciences et Lettres, PSL en abrégé, et présente la particularité de rassembler des musiciens, professionnels ou non, en majeure partie étudiants, ou personnels  issus des Universités  Paris 1 - Panthéon Sorbonne, Paris Dauphine, de  l’Ecole Normale Supérieure, ainsi que  d'autres établissements d’enseignement et de recherche associés. Une plaquette de présentation détaillée en pdf est téléchargeable sur le site de Musique Paris Sciences et Lettres.

Joan Farjot est pour sa part pianiste, compositeur et  chef d’orchestre, au parcours impressionnant. Il est également  avec Arnaud Torette le directeur musical de l' Ensemble Contraste dont le répertoire original traverse les frontières entre les styles et les genres. Plusieurs disques  salués par la critique ont été produits, dont  « Après un rêve » avec Karine Deshayes, ou « Miroirs », avec Raphaël Imbert et Karol Beffa


La chorale PSL s’est  attiré le concours régulier de Raphaël Imbert dont  les multiples projets  de « Bach Coltrane » à  « Music is my Home » ainsi que son activité au sein de la Compagnie Nine Spirit ont étendu la renommée  bien au delà de sa Haute Provence d'adoption.

Concernant  la thématique choisie pour ce concert, la distance semble grande entre le recueillement, sinon l'austérité toute luthérienne des grandes cantates du Kantor de Leipzig et l'exubérant déferlement d'orgue et de  battements de mains rythmant les «Wednesday Night Prayer Meetings»  des églises évangéliques fréquentées par la communauté noire américaine un peu partout aux Etats-Unis.


Charlie Mingus. "Wednesday Night Prayer Meetin"

C’est pourtant à l’expression d’une même foi, que l’ample déploiement  du  Choral du Veilleur, « Wachet auf, ruft uns die Stimme »


peut  faire écho par delà les siècles et les distances à la ferveur  débridée des assemblées de fidèles chantant, comme ici à Memphis  «Oh Lord Remember me» avec Albertina Walker


Entre chaque morceau Raphaël Imbert expliquera, et remettra en contexte avec humour et pédagogie, aimant à transformer comme il en est coutumier  chacune de ses prestations en  mini-conférences, comme qu’il l’avait déjà fait de façon détaillée en ce même lieu, le jour où il  était venu exposer les idées force de son magistral ouvrage intitulé « Jazz Suprême, Initiés mystiques et prophètes ». 


On  ne manquera pas d'en  recommander  la lecture, particulièrement éclairante sur cette question du rapport de la musique, et de la musique de jazz en particulier au sacré ainsi qu'à son envers profane.


Le concert:

Une très belle et émouvante composition du saxophoniste, écrite nous dit-il à l’occasion de la perte d’un proche, intitulée « Eternité Douce amère » nous le fit entendre en ouverture, simplement accompagné au piano par Johan Farjot.  


Il en existe une version sur  YouTube également  accompagnée par Johan Farjot, mais avec le concours des  violonistes Arnaud Torette et Geneviève Laurenceau:


Après une brève introduction de Raphaël soulignant  l’originalité et le caractère exceptionnel en ce lieu  de l'évènement  (et remerciant au passage la Mairie de Saint Etienne les Orgues de l’avoir rendu possible) , le choeur de Paris Science et Lettres entrera en scène sur deux rangées, pour  interpréter « Oblivion » , une composition d’Astor Piazzola figurant au répertoite de l’Ensemble Contraste:



Le choeur enchaînera  sur une suite regroupant  deux des  pièces les plus typiques du Gospel. Le mot Gospel vient de Godspell, signifiant  Parole de Dieu, ou Evangile:  « Amazing Grace » , tout d'abord dont les paroles furent  écrites vers 1760 par le prêtre anglican John Newton, ancien capitaine négrier converti au christianisme. 

La mélodie, sur une gamme pentatonique très simple écrite plus tard par William Walker sous un premier titre de « New Britain », et ce depuis une première  version qu’en donna  Mahalia Jackson en 1947,  fut très tôt chargée d’un symbolisme politique et associée au mouvement des droits civiques. Elle devint peu à peu un hymne universel. 


On le retrouve couramment aux Etats-Unis à l’occasion de cérémonies funéraires en particulier et aussi bien dans le monde entier, lors de grands événements ou rassemblements, du Festival de  Woodstock… au festival de Dunkerke (sic). Elle est aussi chantée au début de diverses rencontres sportives. Une des plus étonnantes versions en  est celle chantée par  Barack Obama lors de l’hommage rendu aux victimes de la tuerie de Charleston en Caroline du sud.


« We Three Kings » est  un chant de Noël écrit en 1857 par John Henry Hopkins Jr, recteur de l’église épiscopale de Williamsport, en Pennsylvanie. Les trois rois sont les Rois Mages de la Nativité:

We three kings of Orient are;
Bearing gifts we traverse afar,
Field and fountain, moor and mountain,
Following yonder star.

Nous somme les trois rois venus d’Orient;
Avec nos présents nous avons traversé, 
champs, fontaines, landes et montagnes,
suivant l’étoile au loin.

Le multi-instrumentiste et homme-orchestre Roland Kirk en a donné une version cent pour cent jazzy rebaptisée « We Free Kings » 


Avec « Abide with me  »  nous restons dans le domaine des  hymnes et cantiques chrétiens sur le thème « Seigneur reste auprès  de moi ».La mélodie sur des paroles de l’anglican Henry Francis Lite fut composée en 1861 par un certain William Henry Monk.

William Henry Monk

Abide with me; fast falls the eventide;
The darkness deepens; Lord with me abide.
When other helpers fail and comforts flee,
Help of the helpless, O abide with me.

L’hymne est célèbre dans tout le monde anglo-saxon et retentit régulièrement au cours de cérémonies religieuses ou militaires. C’était aussi l’hymne religieux préféré de Gandhi.  

Il se trouve également, ainsi que  ne manque pas de nous le rappeler Raphaël Imbert, que le pianiste Thelonius Monk, dont on rappelle qu'il avait commencé par jouer à l'église, « The High Priest of BeBop » comme on le nommait alors,  avait revendiqué une filiation avec son homonyme, au point d’avoir fait interpréter  «  Abide with Me » par son septet, pour son disque RLP 12-242 intitulé « Monk’s music».

Thelonious "Sphere" Monk

La distribution, prestigieuse, inclut  outre le piano de Monk, l'altiste Gigi Gryce, les deux maîtres du saxophone ténor classique et moderne, Coleman Hawkins et John  Coltrane ainsi que le bassiste Wilbur Ware et le batteur Art Blakey:


Le concert continuera  avec «  My Lord What a morning ». C'est à nouveau un  hymne du répertoire religieux, dont les parole font  référence au Jugement dernier

My Lord, what a morning !
My Lord, what a morning !
Oh my Lord, what a morning
when the stars begin to fall.

Oh, you will hear the trumpet sounds
To wake the nations underground,
Looking to my Lord's sright hand

When the stars begin to fall.

Un changement de style interviendra avec « Like Someone in  Love » , composition de Jimmy Van Heusen, pris par Raphaël Imbert et les voix  sur un tempo medium à la respiration très jazzy. Il s’agit de ce que l’on nomme aujourd’hui un standard, appartenant l' immense répertoire du « Great American Songbook »  ou se  côtoient mélodies écrites pour le cinéma et pour les comédies musicales de Broadway. Elles constituent en dehors de leurs propres compositions l'essentiel du matériel thématique utilisé par les jazzmen en tant que support à l'improvisation.


Les auteurs de ces thèmes étaient le plus souvent des émigrés ou descendants d’émigrés venus d’Europe, emportant avec eux tout un héritage de la grande musique  classique et romantique du vieux continent. On y retrouve en particulier de nombreux compositeurs juifs exilés, dont il est paradoxal, comme nous le fait remarquer Raphaël, qu’ils aient du fuir la barbarie nazie pour pouvoir perpétuer sous d’autres cieux une tradition en grande partie allemande.  C’est ainsi que pour pouvoir en vivre, la plupart mirent  leurs talents au service de « l’entertainment » autrement dit d’une  industrie devenue  florissante du divertissement musical, du cinéma, et du spectacle en général. J’ai un faible pour cette version de « Like Someone in Love » par  les  Jazz Messengers d’Art Blakey , avec son  long  chorus éloquent du trompettiste Lee Morgan.


On réalise tout ce que doit  cette grande musique nord-américaine qu’on appelle le jazz à ce croisement d’influences et de cultures, sans lien évident entre elles au départ; tradition classique européenne, de Jean Sébastien Bach à Richard Wagner ; tradition afro américaine  issue du blues et des chants religieux; influence grandissante ensuite enfin du cinéma et du show business naissant de Hollywood à Broadway.

A y regarder de près les repères et les dichotomies bien établies  se brouillent. Il n’y a a pas de grande musique et d’art mineur, de musique pour l’esprit et de musique pour le corps, l’une pour l’élévation et l’autre pour le divertissement. Le jazz  est à la croisée de ces métissages  dont il est le produit.

Le choeur et Raphaël enchaîneront ensuite avec « Scat Canon » dont le titre résume à lui seul l'esprit et la finalité d'un démarche consistant à jeter en pont entre deux mondes. 


Le scat dans le jazz est une technique vocale consistant à remplacer les paroles par des onomatopées rythmiques improvisées. Un procédé que pratiquèrent abondamment entre autres Louis Armstrong, Ella Fitzgerald et Dizzy Gillespie. Le tompettiste Médéric Collignon nous en fait une démonstration pour le moins réjouissante et déjantée :


Un scat canon "canon" trouvé sur YouTube

Avant un Ave Maria,  on restera  dans l'univers de Bach avec le Prélude Numéro un du clavier bien tempéré. 


« A quoi sert la musique ? » demandera  alors le saxophoniste, évoquant  le fait qu’aux USA, de grandes actions, en particulier les grandes marches pour la revendication des droits civiques sous la conduite de Martin Luther King s’étaient souvent, sinon toujours faites en musique. C’est le cas de ce « We shall Overcome » , devenu  emblématique du « protest song » , chanté en leur temps par Pete Seeger et Joan Baez et repris en choeur au cours de tous les grands mouvements de rassemblements de revendication. 


L’assistance sera  invitée à se joindre au choeur en après un rappel des paroles;

We shall overcome, we shall overcome,
We shall overcome someday;
Oh, deep in my heart, I do believe,
We shall overcome someday.

The Lord will see us through, The Lord will see us through,
The Lord will see us through someday;
Oh, deep in my heart, I do believe,
We shall overcome someday.

On peut les entendre résonner, reprises par la foule sur cette video au cours d’une des trois grandes marches de protestation de Selma  à Montgomery, en Alabama qui marquèrent l’apogée du mouvement pour la revendication du droit de vote pour le peuple afro-américain.


Dans ce même registre, le morceau suivant,  « NKosi sikelel  iAfrika » (Que Dieu bénisse l’Afrique)  écrit en langue xhosa accompagna le mouvement de libération de l’African National Congress (ANC) contre l’apartheid en Afrique du Sud, dont il devint un des deux hymnes nationaux ainsi que celui de plusieurs états africains après la proclamation de leur indépendance. En voici une version par le Soweto Gospel Choir. 


Un concert de musique sacrée ne pouvait se terminer sans que ne soit convoquée à  nouveau  la figure tutélaire de  Jean Sebastien Bach au travers de  son « Jesus bleibet meine Freude », « Que ma joie demeure ». On sait que Raphaël Imbert avait déjà su jeter un pont entre l’art immense et austère du Kantor de Leipzig et celui infiniment lyrique et incandescent, de l’interprète de «  A Love Supreme », un certain John Coltrane.


Un bis s’imposait, et quoi de plus approprié pour célébrer au final les noces du profane et du sacré qu’une composition de Duke Ellington, reprise en swinguant de belle manière par l'ensemble. Elle appartient au répertoire des fameux « Concerts of Sacred Music » du Duke,  magnifiquement et simplement intitulée « My Love »  et  dont on écoutera  ici l'exposé, au début d’une version du « Third Concert » enregistrée en 1973 à l’abbaye de Westminster.


My Love, A Love Supreme..




lundi 25 avril 2016

La fille sur l'internet. Traduction française d'un article de Thomas Cuniffe sur Camille Bertault.


A l'occasion de  la diffusion par Alex Dutilh le mercredi 27 avril sur France Musique d'un épisode de l'émission  Open Jazz consacré au premier disque de la chanteuse Camille Bertault, dont le CqJ s'était fait l'écho enthousiaste dans ses dernières chroniques, on trouvera ici la traduction française d'un article  élogieux et documenté, signé par Thomas Cuniffe et publié sur son site jazzhistoryonline.com

The girl on the internet
Il y a de de grandes réussites qui  tiennent parfois à peu de choses. Un jour, courant  2015, la chanteuse de jazz française Camille Bertault échoua à son examen du conservatoire.  Pour se remonter le moral elle écrivit des paroles sur l’une des compositions les plus connues de John Coltrane. Celles-ci parlaient du « pas de géant » que constituait le fait de réaliser qu’il valait mieux accorder plus d’importance à ses propres attentes qu’à celles des autres. 

Après avoir  installé une caméra video, elle s’enregistra sur  la version originale de Coltrane pour ensuite télécharger sa performance  sur Facebook à l’intention de ses amis. La vidéo apparut sur « Jam of the week » et devint virale en quelques jours. Les non francophones n’eurent pas accès  au sens des paroles de Camille Bertault, mais tous ceux qui la visionnèrent de par le monde furent impressionnés par la déconcertante précision avec laquelle elle reproduisait en scat le solo de Coltrane, sur un tempo particulièrement rapide.



Tout au long de l’année dernière, Camille Bertault est devenue un phénomène de l’internet. Elle a mis en ligne une douzaine de videos pour ses pages YouTube et Facebook, lesquelles ont pratiquement 
toutes  suscité des milliers de vues. 

Camille Bertault sait donner a chacune de ses vidéos une touche visuelle originale en les enregistrant en différents lieux, portant des tenues variées. Sur un de ses clips, Camille Bertault dispose la caméra en contre plongée et chante le solo torride (blistering, NdT) de Brad Mehldau sur Anthropology, vêtue s’un sweater vert à col roulé, de bretelles rouges, d’un chapeau ajusté serré avec des lunettes de soleil. 


Sur un autre solo de Mehldau elle est assise par terre, vêtue d’un haut  noir sans manches, tenant un chat serré dans ses bras. 



Le chat apparait aussi dans une autre vidéo ou Camille Bertault, étendue sur son lit chante un solo du trompettiste Eric Le Lann, mais le félin quitte le champ rapidement.  Apparemment son chat n’est pas un amateur de trompette. 




Son doublage vocal du  Frevo Novo » d’Hermeto Pascoal est d'une grande fraîcheur. Elle y monologue à l'intention  de son auditeur, s’amusant à rouler des yeux de façon très comique, effet encore accentué par ses lunettes papillon.


Les vidéos de Camille Bertault ne sont pas toutes des transcriptions. Elle a créé une étonnante version solo du « Freedom Jazz Dance » d’Eddie Harris en utilisant  une pédale loop. 



Elle a par ailleurs exécuté une série de duos avec la chanteuse de jazz suédoise Sofie Sörman (dont une remarquable version du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel) 



et donné une suite à sa transcription du solo de Cory Henry sur sa video du « Lingus » de Snarky Puppy sous la forme d’une version live du « Crazy in Love » de Beyoncé, avec Henry en personne aux claviers. Cette dernière vidéo a été enregistrée au Duc des Lombards, un club de jazz parisien tout proche de l’appartement de Camille Bertault. Henry avait reconnu Camille dans l’assistance et l’avait invitée à le rejoindre sur scène. Elle aurait dit-elle  écrit les paroles en français en cinq minutes.



L’essentiel des divers talents dont fait montre Camille Bertault dans ses videos sont le résultat  d’années d’entraînement intensif. Elle est née il y a 29 ans à Paris. Son père, Paul, est ingénieur du son et pianiste amateur et fut au début à l’origine de l’intérêt de Camille pour le jazz et le piano (le père et la fille ont récemment collaboré à une charmante version video du « You ‘ ve Changed » de Billie Holiday). 


Elle débuta ses études théoriques au Conservatoire de Paris à l’âge de huit ans. La famille déménagea dans le sud de la France alors qu’elle avait 13 ans , ce qui la fit s’inscrire au Conservatoire de Nice. Pendant sa scolarité elle étudia la piano, la composition et l’opéra, mais elle décida que la musique classique était un cadre trop restrictif pour son style. Elle étudia le théâtre et écrivit deux pièces avant de s’essayer à chanter du jazz à l’âge de 25 ans.

Pendant qu’elle étudiait avec les vocalistes Sara Lazarus et Pierre Bertrand, l’essentiel de ses influences vint des instrumentistes, un fait qui s’impose à l’évidence en écoutant les enregistrements de Camille Bertault. Une demo datant de 2013 (avec son père au piano) comporte cinq pistes, dont toutes sauf une sont basées sur des enregistrements classiques d’instrumentistes. 

Sur ce court programme les paroles en français font forte impression et ses solos en scat démontrent qu’elle avait déjà développé son propre style. Lorsque elle enregistra son plus récent CD « En Vie »,  son art avait déjà progressé  à un niveau étonnant.



Paradoxalement, « En Vie », qui vient d’être récemment publié sur le label « Naïve » en Europe et « Sunnyside » aux USA fut enregistré juste avant que Camille Bertault n’ait commencé à créer ses vidéos sur Internet. Elle avait  trouvé une première audience en France en faisant appel au financement participatif  pour la production de son album. 

Quand les vidéos de Camille lui valurent son succès dans le monde entier, le producteur vétéran Mat Pierson se proposa de sortir le disque, ou l’on entend la superbe section rythmique composée de Olivier Hutman au piano, Gildas Boclé à la contrebasse et de Antoine Paganotti à la batterie. La très forte affinité de Camille Betault pour le classicisme du jazz Blue Note se fait sentir dans les trois premières plages du CD. 

Le titre d’introduction « Quoi de plus anodin » est son adaptation de du « Empty Pockets » de Herbie Hancock, qui fut le premier titre enregistré par ce dernier, en l’occurrence dans « Takin’ Off », son premier album pour Blue Note. 



Le troisième morceau qui s’ouvre par un envoûtant dialogue en liberté entre Camille et Gildas Boclé est le « Infant Eyes » de Wayne Shorter, l’un des thèmes tout à fait remarquables de «  Speak no Evil » . 


Mais sa profonde immersion dans le  style classique Blue Note se confirme pleinement entre ces deux titres avec une composition originale intitulée « Course » dans laquelle sa voix se trouve triplée en re recording, sur un arrangement qui fait penser aux Jazz Messengers d’Art Blakey, et particulièrement aux unissons trompette, saxophone trombone de Freddie Hubbard, Wayne Shorter et Curtis Fuller. 


On retrouve l’enregistrement multi-pistes  sur le morceau « A l’Amer tume », avec  l’utilisation de voicings  significativement différents pour cet arrangement. 

« The Peacocks », la composition de Jimmy Rowles subit une complète transformation, avec un traitement en deux temps, faisant d’abord entendre les nouvelles paroles en français chantées dans le tempo original d’une ballade. L’improvisation s’envole ensuite, flottant  sur un rythme animé en 5/4. 



Son solo sur l’original « Tatie Cardie » se présente comme une folle équipée  ou Camille tout en bourdonnant  des lèvres sur un tempo indéfini, improvise des traits rapides comme l’éclair, emplis d’intervalles étonnants et inattendus. 

Le « Prelude to a Kiss » de Duke Ellington expose un autre versant de ses  prouesses d'improvisation, alors que son solo rappelle les vocaux imitant la trompette de Bobby Mc Ferrin sur la bande son du film de Bertrand Tavernier, « Round about Midnight »

Malheureusement le livret de Sunnyside contient seulement les paroles en français de Camille Bertaut, sans leur traduction. Elle a malgré tout donné  une description de ses textes à Bret Sverjin, de Sunnyside, et dont voici quelques extraits:

« Quoi de plus anodin » … est l’histoire d’un pickpocket. C’est le reflet de sa dure vie, avec un sentiment de blues à la fois léger et empathique. Le haletant « Course » évoque la vie au rythme frénétique de la cité. 

Les paroles de Camille Bertault sur « Infant Eyes » évoquent la pureté et la magie aperçues dans la lueur d’un oeil d’enfant. Inspirée d’une citation de Jacques Brel, le titre « En Vie » est un jeu de mots sur vivant et envie, aussi vivante que peut l’être le morceau même. 

« The Peacocks » de Jimmy Rowles connait une deuxième vie sous le titre « Cette nuit » où Camille Bertault imagine un rêve au sujet de paons, dans une ambiance étrange incorporant les couleurs  du plumage. 

Un autre jeu de mots se retrouve dans le titre « A l’Amer Tume » ou l’on peut entendre la mer aussi bien que l’amertume, avec des allusions  tant aux vagues  qu’au fait de se noyer dans la morosité. Le « Double Face » fait écho à l’aspect Janus de tout un chacun,  l’effervescence de la voix sans le recours aux mots venant soutenir de bout en bout une performance pleine de vie. 



Le récit de « Tatie Cardie » parle d’une vieille dame prenant le thé et soudain surprise par une explosion faisant trembler le sol et  et accélérant son rythme cardiaque. Le thème est magnifiquement renforcé par une exécution toute en rapidité de la formation ainsi que par son puissant lyrisme. La charmante interprétation de «  Prelude to a kiss » de Duke Ellington avec ses paroles originales exprime les sensations éprouvées juste avant un baiser. «  Satiesque » est écrit avec  à l’esprit le compositeur impressionniste Eric Satie ainsi que  son  influence.

Dans la mesure ou « En Vie » a été enregistré avant les videos de Camille, il sera particulièrement intéressant d’écouter son prochain CD. Je présume qu’elle  y incluera encore plus de références à un jazz contemporain, en plus de son fort enracinement  dans le style Blue Note. 



Il semble ces derniers temps que chaque album important fasse appel aux contributions extérieures d’artistes invités, mais dans le cas de Camille Bertaut, ce ne pourrait être qu’un avantage: alors  que « En Vie » prouve qu’elle est capable de soutenir seule un album entier de son cru, il serait instructif de l’entendre improviser en compagnie de quelques uns des jazzmen les plus avancés de l’époque. Elle a déjà trouvé une alchimie musicale avec Cory Henry, et je suis certain que d’autres musiciens de sa génération ne demanderaient pas mieux que de collaborer avec elle. 

En partageant sur internet son évolution à destination d’une audience globale, Camille Bertault a rendu évident le fait qu’elle possédait un talent phénoménal. 

Sans doute avait-elle échoué à son examen, mais il semble qu’elle soit désormais prête pour réussir ses études supérieures sur la scène mondiale.

L'album de Camille Bertault est annoncé sur Amazon comme disponible à partir du 29 avril.

Il est  disponible en version CD ou téléchargeable sur le site de Sunnyside, ainsi que sur Itunes.

vendredi 4 mars 2016

Le chat de Camille Bertault n'aime pas la trompette...


Eric Le Lann est un merveilleux musicien. Mais sans doute  faudrait il essayer quelque chose de plus doux aux oreilles félines. Je suggère le "Alone Together" de  Kenny Dorham.  Les miens en tout cas ont l'air d'aimer...



J'en profite pour compléter le billet précédent de cet autre petit bijou de musicalité signé Camille en hommage au génial, au prodigieux Hermeto Pascoal.




[MAJ] Et aussi de cette autre video, qui m'avait échappé, mais qui ne le cède en rien  aux autres question charme, swing et musicalité, sur un chorus du grand Bill Evans.




mercredi 2 mars 2016

Camille Bertault, une nouvelle voix du jazz, à fleur de mots... (précédé de Petite histoire du vocalese).

Fidèle à ses origines, le Ceur qui Jazze adore sans modération les chanteuses et tout spécialement celles qui perpétuent la tradition du « vocalese », variante élaborée du scat, consistant à improviser des onomatopées rythmiques choisies sur l’instant au fil de l'imagination. Le mot « be bop » ou « re bop » en est lui même un exemple que le facétieux Dizzy Gillespie excellait à expliciter en « oop bop sh’ bam shoo be do bee ». On en trouve l’illustration dans un « The Champ » frénétique enregistré à la Salle Pleyel en 1953, prétexte après le chorus de Dizzy à de loufoques acrobaties vocales en duo avec son compère Joe Caroll.


Le « vocalese » proprement dit se définit par une contrainte ajoutée consistant à transcrire en paroles à la note près des compositions ou des improvisations choisies parmi les plus célèbres de l’histoire du jazz. Les deux pionniers notoires en furent King Pleasure et Eddie Jefferson.

S'il fallait situer un peu arbitrairement l'acte de naissance du vocalese, cela pourrait être sans doute le chorus de James Moody dans "I'm in the mood for love" , dans la transcription qu'en fit le chanteur King Pleasure, malheureusement un peu oublié de nos jours


On aurait pu également citer son séminal "Parker's Mood", qu'utilisa Clint Eastwood pour la bande son du film "Bird", avec Forest Whitaker dans le rôle de Charlie Parker.


Eddie Jefferson à son tour trouva son inspiration dans les chorus historiques du Bird, qu'il reproduisit comme il se doit note à note conformément à la règle du vocalese. Les différentes versions qu'il enregistra de "Ornithology" demeurent des pépites d'anthologie:


Quant à sa  reprise du cultissime "So What" de Miles Davis, elle marqua également les esprits à sa sortie et reste une incontournale référence du genre

 

Miles Davis inspira décidément les maîtres du vocalese. En voici un autre bel exemple par Jon Hendricks que le chanteur Kurt Elling considère comme "the godfather of vocalese and perfecter of the art". On l'entend ici en troisième avec Bobby Mc Ferrin et Al Jarreau reprendre le solo de Coltrane dans "Freddie Freeloader", immédiatement après ceux de Wynton Kelly et de Miles Davis.


Pour en revenir aux chanteuses, on ne saurait passer sous silence la contribution de Annie Ross à l'art du « vocalese » au sein du trio « Lambert Hendricks & Ross » dans « Twisted » sa légendaire adaptation des chorus de Wardell Gray.


On se souviendra aussi des merveilleux « Double Six of Paris » fondés par Mimi Perrin, il y aura maintenant cinquante sept ans, sommet du vocalese ou s'illustrèrent entre autres Claudine Meunier, Christiane Legrand, Ward Swingle, Bernard Lubat et Eddy Louiss, sur des arrangements de Dizzy Gillespie ou Quincy Jones. Sous la plume imaginative et fertile de Mimi Perrin, le « Scrapple From the Apple » de Charlie Parker devenait l'histoire de deux copines dont les compagnons passaient leur temps au bar.

Prenons le temps qu'les gars n'sont pas là
Pour parler prenons tout le temps qu'on pourra
Tant qu'on est là toutes les deux
Tenez, nous on parierait bien
Que nos malabars pintent au bar!

Prenons le temps qu'les gars n'sont pas là
Pour parler prenons tout le temps qu'on pourra
Tant qu'on est là toutes les deux
Tenez, nous on parierait bien
Qu'ils nous ramèneront la gueule de bois !



« Anthropology » enregistré avec avec Dizzy, se métamorphosait pour sa part en « T'a pas oublié ton bonnet, père du bop ? »

Dans  cette video Mimi Perrin explique sa conception du vocalese avant d'interpréter avec les Double Six le « Four Brothers » de Woody Herman:


On comprendra donc mieux pourquoi le Coeur qui Jazze ne pouvait manquer de battre un peu plus fort en découvrant un jour par hasard sur YouTube la voix de Camille Bertault. 


Dans une de ses premières video qui totalise un nombre toujours croissant de vues, on la voit chanter chez elle « Giant Steps » de John Coltrane dont on perçoit le saxophone en arrière plan. Le thème est exposé sur des paroles originales de sa composition.


Pas de géant tu
As fait quand tu a compris
Que tu n'es pas là pour être ce
Que le monde veut
Pas de géant tu
As fait quand ce que tu donnes
Vient d'ici, pas d'ailleurs
Ni d'la-bas
Et  qu'tu sais là où tu vas

Vient alors l'impro où Camille Bertault épouse en y fondant sa voix toutes les sinuosités du chorus de Coltrane. Réputée difficile la grille défile rapidement à la cadence de deux accords par mesure dont elle se joue avec une gracieuse et déconcertante aisance. C’est déjà fini… Et on en redemande encore.

Tout récemment  et pour le plus grand bonheur de l’auteur de ces lignes dont c’est probablement l’enregistrement favori, son répertoire s'est enrichi du « Yes or No » de Wayne Shorter extrait de l'album Blue Note BST 84182 intitulé « Juju », un des plus beaux disques du saxophoniste et peut-être même de toute l’histoire du jazz.



A peine publiée cette video a été partagée sur la page FaceBook de Wayne Shorter en personne. Difficile pour Camille Bertault de rêver plus belle consécration, à la veille de la sortie de son premier disque, joliment intitulé « En Vie », et dont j'emprunte à Christophe Jenny du site bananierbleu cette excellente recension à laquelle je ne peux que souscrire mot pour mot:

« C'est frais, c’est vif, c’est habile et léger, c’est beau et mélodieux, poétique, ça pétille ; c’est admirablement soutenu par le trio Olivier Hutman, Gildas Boclé, Antoine Paganotti. Camille Bertault met avec malice des mots français sur les standards, pose les mélodies avec grâce, et décolle sur les chorus avec toute l’amplitude de sa voix, en un équilibre vertigineux mais toujours juste. « En vie », c’est aussi « Envie », et c’est le sentiment que procure l’écoute de l’album, un optimisme résolu, une envie de faire, de ressentir, de profiter… et de réécouter ! Au piano, Olivier Hutman est toujours juste, et colle son jeu aux douces folies de Camille (Tatie Cardie), tandis que Gildas Boclé comme Antoine Paganotti tissent un tapis soyeux sous ses improvisations. Les arrangements et compositions laissent d’ailleurs une belle place aux musiciens qui l’accompagnent en confortant cet esprit de finesse et de légèreté. »


L'album, attendu impatiemment par ses fans est disponible en pré-commande sur le site de Sunnyside Records, avec trois morceaux disponibles en téléchargement, dont un "Infant Eyes" pour lequel les lecteurs fidèles du Coeur qui Jazze auront deviné ma préférence. Les deux autres qu'on se rassure swinguent outrageusement et le piano de l'excellent Olivier Hutman n'y est évidemment pas pour rien.


Je renvoie également à un autre  article signé d'Aliette de Laleu publié sur le site d'Open Jazz sur France Musique. On y en apprend un peu plus sur son parcours et ses motivations. On y lit en particulier ceci (les propos de Camille sont en italique) :

« Pour assurer les solos les plus difficiles - comme Giant Steps de John Coltrane - Camille s’entraîne un peu tous les jours : « Il y a certains passages que je ralentis pour mieux les comprendre car le saxophone sonne différemment par rapport à la voix. »





Camille commme elle vient de le confirmer, interviewée par Alex Duthil dans son Open Jazz du 27 avril, aime par dessus tout l'improvisation. Improviser, elle l'a toujours fait, et continue à le faire, que ce soit sur le web ou sur scène, ainsi que dans cette performance impromptue, a capella, qu'elle offrit ce jour là en direct aux auditeurs de France Musique. (C'est à 18:05 sur le replay, mais il faut absolument écouter l'émission en entier).

Camille Bertault dans Open Jazz sur France musique (La video vient d'être publiée sur YT)



Le Coeur qui Jazze a entrepris de rassembler quelques une des videos Youtube publiées de Camille Bertault, assorties des versions originales, histoire de redécouvrir comme si c’était la première fois les moindres inflexions de lignes mélodiques que l’on croyait connaître par coeur. On imagine assez bien la difficulté de l'exercice (essayez-donc pour voir) ainsi que les heures de travail et de patience qu'il aura fallu à Camille pour venir à bout de tous les défis qu'elle semble avoit décidé de se donner à relever.

Les videos de Camille Bertault disponibles sur YouTube:


Tout d'abord « Mr P.C. » en complément de « Giant steps » (P.C. sont les initiales de Paul Chambers). Ce morceau qui invite nombre de jazzmen à la virtuosité fait également partie du premier disque enregistré par John Coltrane pour le label Atlantic.



« Strode Rode » de Sonny Rollins et son fameux « stop chorus » sur l'album « Saxophone Colossus », son chef d'oeuvre enregistré en 1956 pour Prestige.




« Blue Train », le cadeau de Noël de Camille Bertault

 


« If I Should Lose You », le standard de Leo Robin et Ralph Rainger par Hank Mobley:

J'ai particulièrement craqué je l'avoue pour cette reprise du solo de Hank Mobley en la découvrant, dans la mesure où:

1) J'adore Hank Mobley, tout Hank Mobley:


2) Ce disque "Soul Station", Blue Note BLP 4031 en quartet avec Wynton Kelly, Paul Chambers et Art Blakey est un pur chef d'oeuvre, qui se bonifie à l'épreuve du temps et fait partie bien entendu aussi de mes tous premiers albums favoris

3) J'ai eu l'extrême privilège d'écouter souvent Hank Mobley quand il vivait à Paris, ainsi que je l'évoque ailleurs dans ce blog (voir Solitude de Hank Mobley) 
Pour ces trois raisons, (message personnel), merci Camille !






« Isfahan » de Joe Henderson: 

Joe Henderson, un autre des mes héros, encore, ici dans Isfahan, admirable composition de Billy Strayhorn extraite de l'album « Lush Life » The music of Billy Strayhorn". Joe Henderson aussi, jouait à Paris en ces années là. Un autre souvenir marquant fut celui d'un soir au Chat qui Pêche. La cave était peu remplie. Le premier set du quartet de Joe Henderson battait son plein, accompagné par le trio de George Arvanitas. Un groupe de touristes allemands je crois était descendu, et parlait bruyamment, portant peu d'intérêt à la musique. A un moment ils se levèrent tous pour remonter l'escalier et je réalisais que j'étais à présent seul dans la cave du « Chat »,  ce qui n'empêcha pas le quartet de démarrer son deuxième set et de le jouer jusqu'au bout, comme si de rien n'était. Je fus je crois ce soir là à l'issue de  ce concert privé,  l'homme le plus heureux sur terre !






Dans un registre différent on découvre une autre facette de l'inspiration de Camille Bertault, avec cette reprise simultanée en image dans l'image du solo de Cory Henry dans "Lingus" par le groupe "Snarky Puppy", impressionnant de technique instrumentale, de couleurs sonores et funky à souhait.


Et puisque ce blog est aussi celui des chats du jazz je ne pouvais manquer de clore cet inventaire tout en swing et en douceur par une dernière video titrée « Camille, scat, cat and Brad Mehldau » où celle-ci nous enchante littéralement d'un délicieux moment de félicité féline avec ce « I didn't know what time it was » qu'on dirait tout entier dédié à la joie  simple et profonde d'être ici et maintenant... « En Vie ».


Camile Bertault nous informe sur sa page FaceBook que "En Vie" est à présent disponible sur Itunes