jeudi 30 juin 2016

La légende du Hammond B3, 2 ème partie : et enfin vint Jimmy Smith...

“A New Sound, a New Star”. 

Quand la compagnie Blue Note sortit sous ce titre son album BLP 1512, il se produisit dans la communauté des musiciens, des critiques et du public de jazz comme un effet de sidération, vite suivi d'enthousiasme. Le nouveau venu s'appelait Jimmy Smith. Sous la recommandation du chanteur Babs Gonzales, il avait rencontré en janvier 1956 les patrons Alfred Lion et Francis Wolff  qui signèrent aussitôt un contrat pour une premier disque suivi bientôt d'une longue série qui devait révolutionner  l'utilisation de l'orgue de jazz.


Il eut de très  nombreux suiveurs et encore aujourd'hui son influence reste immense que ce soit dans les domaines du jazz, du  blues, de la soul, du  “soul jazz” qu'il contribua à inventer, du  rhythm and blues, du  funk, du jazz rock, du reggae, de la pop, du rock etc... On peut la retrouver dans tout  genre musical  utilisant des claviers ou des synthétiseurs.

Le Hammond B3 était sorti deux ans auparavant. C'est après avoir écouté Wild Bill Davis que le jeune Jimmy Smith pianiste à l'origine et doté d'une solide formation harmonique apprise à l'école s'empara de l'instrument qu'il sut très vite exploiter d'une façon inédite.

La révolution du BeBop avait eu lieu, et il lui reviendrait sous l'influence de Charlie Parker qu'il avait beaucoup écouté de la transposer dans le domaine de l'orgue, ainsi que Charlie Christian, rompant avec la tradition, avait déjà su le faire pour la guitare. C'est ce qu'on entend très clairement dans cette reprise du classique de Dizzy Gillespie, “The Champ” enregistrée au Small's Paradise en 1957.


Tout le style de Jimmy Smith est déjà là. La ligne rapide en double croches du phrasé bebop, les motifs rythmiques, la “walking bass” au pédalier, le déchaînement du jeu en accords à la fin où le B3 rugit de  tous ses registres avant une coda aux accents très “churchy”.

Jimmy Smith a renregistré près de deux cent disques. Je l'ai personnellement découvert avec un album qui reste mon favori et que je ne saurais que trop recommander aux nouveaux amateurs. Il s'agit de “The Incredible Jimmy  Smith featuring Kenny Burrell and Grady Tate”, Verve 8628, sorti en 1965. Le jeu de Grady Tate, formidable batteur de studio est un régal.  Kenny Burrell est comme à son habitude un improvisateur élégant et inspiré, doté du meilleur son de guitare jazz que je connaisse. Jimmy Smith, enfin, dont on entend les grognements de jubilation  tour à tour caresse et malaxe ses deux claviers, faisant progressivement  monter la tension pour libérer le moment venu le tonnerre d'un orage électrique.


La formation orgue guitare batterie était appréciée des patrons de clubs, car elle coûtait moins cher qu'un big band et pouvait sonner de façon tout aussi spectaculaire. Elle permettait aussi au claviériste de disposer d'un instrument toujours accordé, ce qui était surtout à l'époque loin d'être toujours le cas dans les endroits où l'on jouait du jazz. Il était aussi courant d'ajouter à cette configuration de base des saxophones alto ou ténor, trompette ou trombone pour encore plus de chaleur et d'expressivité.

En guise d'exemple, revenons huit ans en arrière avec cette session en sextet du 25 août 1957, qui montre à quel degré d'excellence Jimmy Smith était parvenu dans l'adaptation de son jeu d'orgue à une esthétique typiquement hard bop, en compagnie des plus brillants  représentants de ce style de jazz qui enflammait tous les soirs l'ambiance des clubs de jazz à New-York à la fin des années cinquante.

La distribution est du plus haut niveau avec Lee Morgan à la trompette, Curtis Fuller au Trombone, Lou Donaldson au sax alto, George Coleman ou Tina Brooks au saxophone ténor, Kenny Burrell ou Eddie Mc Fadden à la guitare, et deux batteurs en alternance, Donald Bailey et Art Blakey. Pas de bassiste naturellement, le pédalier du Hammond B3 y pourvoit. Cette séance donna à lieu à deux albums que je tiens pour tout à fait exceptionnels par le feeling  et l'intensité de jeu qui s'en dégagent.


Il  s'agit du disque Blue Note BLP 4002, “Jimmy Smith's House Party” ainsi que  du Blue Note BLP 4011  “The Sermon”, dont l'intitulé est de toute évidence un clin d'oeil aux assemblées liturgiques et aux prêches des églises  baptistes ou méthodistes fréquentées par la communauté noire. L'orgue s'y taillait la part belle dés qu'il s'agissait d'encourager l'assistance à extérioriser sa foi par les chants du Gospel.

“House Party”, “The Sermon”... Faut-il y voir une allusion à cette dualité entre l'exubérance profane, l'aspect “funk” et un certain sens du sacré, l'aspect “soul” qui semble marquer profondément tout le jazz de cette époque ?  Notre ami Raphaël Imbert à écrit me semble-t-il des choses très pertinentes à ce sujet, et je renvoie mes lecteurs à son passionnant “Jazz Supreme”


Après avoir enregistré plusieurs autres excellents albums avec Lou Donaldson, Jackie McLean, Tina Brooks, Ike Quebec ou Hank Mobley , autant de stars maison de l'écurie Blue Note, Jimmy Smith entama en avril 1960 une fructueuse collaboration avec Stanley Turrentine, saxophoniste  ténor dont  le souffle ample et puissant, ainsi que style très bluesy venaient se fondre en une osmose parfaite dans le décor chatoyant des sonorités de l'orgue.

Le premier disque issu de cettte rencontre fut “Midnight Special” sous le numéro 4078 du catalogue Blue  Note. La pochette est à elle seule toute une allégorie du “hobo”, littéralement du vagabond,  sillonnant les Etats-Unis à bord de trains empruntés clandestinement, éternel errant parti tenter sa chance ailleurs. Ce thème est particulièrement prégnant dans tout un imaginaire de l'exil lié au blues, au même titre que l'évocation du bruit saccadé des roues sur les rails par le boogie-woogie.



Sous le numéro 4117 fut édité la même année “Back at the Chicken Shack” enregistré au cours de cette même séance du 25 avril 1960, avec Kenny Burrell  à la guitare et Donald Bailey, au jeu sobre, efficace et précis qui  resta longtemps le batteur atittré de l'organiste. Comme souvent la couleur dominante est celle du Blues et le motif rythmique du “shuffle” est roi.



De tous les nombreux albums enregistrés durant cette période, et dont certains firent partie des meilleures ventes du label, je garde une prédilection particulière  pour la référence BLP 4100 “Jimmy Smith Plays Fats Waller”  où l'on peut entendre  Jimmy Smith dans un registre inhabituel revisitant avec beaucoup de délicatesse, de retenue et de swing les thèmes du répertoire de Fats Waller, pionnier de l'orgue en jazz, en compagnie de Quentin Warren à la guitare et Donald Bailey à la batterie.


Quant au numéro BLP 4200 “Softly as a summer breeze” , il présente le considérable attrait à mes yeux de comporter trois pistes où,  pour la seule et unique fois à ma connaissance avec Jimmy Smith, la batterie est tenue par le grand “Philly” Joe Jones dont le jeu percutant et solidement charpenté  fait merveille en soutien de l'orgue,  et de la guitare de Kenny Burrell.


Jimmy Smith quitta Blue Note en 1961 pour rejoindre la compagnie Verve Records, où sa musique,  colorée à l'occasion de percussions afro-cubaines, et souvent accompagnée d'une grande formation vit s'élargir son audience bien au delà du cercle des amateurs de jazz et  des inconditionnels de la première heure. Ceux-ci purent  regretter un tournant un peu plus commercial, encore que beaucoup de ces disques longtemps restés en tête des classements, comme le célèbre “Got my Mojo Walkin”,  et plus marqué que jamais par le blues, restent des chef-d'oeuvre de nature à réconcilier les deux publics. On le doit  surtout à  la qualité des arrangements signés de plumes prestigieuses, Oliver Nelson comme ici, Lalo Schifrin ou Claus Ogerman


Au moins aussi connu en raison de la reprise qu'en fit Claude Nougaro, “The Cat” bénéficie pour sa part des  brillants  arrangement de Lalo Schifrin pour une grande formation dont l'originalité est de n'être constituée que de cuivres : six trompettes, deux trombones, un trombone basse, quatre cors  d'harmonie et un tuba. J'ai choisi en illustration le “Delon's Blue”,  renvoyant pour le thème titre  à l'article “Les Chats du Jazz” sur ce même blog.


Un duo dynamique:

La période Verve fut également l'occasion à  d'une rencontre  en studio avec Wes Montgomery, qu'on peut considérer en un sens comme le pendant de Jimmy Smith à la guitare ne serait-ce qu'au regard de l'importance de son apport stylistique à l'instrument. Les séances eurent lieu aux studios de Rudy Van Gelder à Englewood Cliffs en septembre 1966 et le résultat fut réparti sur deux albums. Un premier opus intitulé “The Dynamic Duo: Jimmy and Wes” sous la référence V8678 propose deux titres en big band, “Down by the Riverside” et “Night Train” sur des arrangements d'Oliver Nelson et trois titres en quartet avec  Ray Baretto aux percussions. 


Un second, avec une répartition analogue entre titres en grande formation et en quartet parut séparément sous le titre “Further Adventures of Jimmy Sith and Wes Montgomery” sous la référence V8766 avec une version du “Milestones” de Miles Davis superbement arrangée  par Oliver Nelson 

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Après avoir parcouru la planète en tournées et enregistré encore de très nombreux disques dont on trouvera la liste complète sur la page du Jazz Discography Project  Jimmy Smith retrouva en 1983  pour le label Elektra son compère Stanley Turrentine en compagnie de Georges Benson, de Ron Carter et de Grady Tate pour une session débordante de swing, dans l'esprit resté intact des grandes heures de la période Blue Note.


A la sortie du Hammond B3 en 1955, Jimmy Smith avait su très vite tirer parti  des innovations techniques caractérisant ce modèle, en particulier les jeux de tirettes harmoniques modifiant les timbres ainsi que l'effet de percussion permettant de doser la force d'attaque des notes dans les phrasés staccato. La force expressive de son jeu se trouvait également renforcée par son emploi de la “cabine Leslie”. 

Celle-ci, dont le premier modèle fut inventé en 1940 par l'ingénieur Donald Leslie était un système de génération d'effet de vibrato et d'amplification du  son basé sur des haut-parleurs en rotation à vitesse variable et  montés à l'intérieur d'une ébenisterie disposée  comme un satellite  à côté du B3. 


Le modèle 122 RV de la cabine Leslie

La popularité croissante de Jimmy Smith auprès du public et surtout des musiciens fit littéralement s'envoler  les ventes du B3 a au point que la société Hammond dut renoncer à en interrompre la fabrication pour la prolonger jusqu'en 1974  alors que commençaient à arriver sur le marché des orgues électroniques plus compactes, moins onéreuses, mais dont la sonorité ne pouvait que très difficilement rivaliser avec celle, unique et recherchée de l'instrument d'origine. 

Par son charisme, Jimmy Smith, véritable évangéliste du Hammond B3, a suscité nombre de vocations. Il est temps de passer en revue quelques uns, célèbres ou méconnus, de ses mutiples  épigones.



(A suivre... De Big John Patton  à Larry Young,  l'âge d'or du style “Organ and Soul”)



mardi 28 juin 2016

En attendant Rhoda Scott au 2 ème festival de jazz de Saint Etienne les Orgues, la légende de l'orgue Hammond. Première partie, de Fats Waller à Milt Buckner

Les tout premiers billets de ce blog, il y aura six ans, furent consacrés à Jimmy Smith, Atsuko Hashimoto et Larry Young. Ils témoignaient déjà d'une  passion de toujours pour  l'orgue Hammond B3 dans le jazz. A quelques semaines de la venue de Rhoda Scott ici même, à Saint Etienne Les Orgues, pour la deuxième édition de son festival de jazz, j'ai eu envie d'offrir à tous ceux qui auront le privilège d'assister  à ce qui promet d'être une magnifique soirée le soir du 22 juillet au Théâtre de Verdure, un petit guide historique et stylistique consacré à ce magnifique instrument ainsi qu'à tous ceux et celles qui, de Jimmy Smith à Cory Henry  surent le faire briller de mille feux.


Le Hammond B3:

Il sera ici question essentiellement du mythique B3 dont le son inimitable fut popularisé dans les années cinquante par le maître absolu qu'en fut Jimmy Smith. Conçu initialement dans le but de remplacer sous un moindre volume les imposantes orgues à tuyaux des églises pour celles qui n'en avaient ni la place, ni les moyens, l'orgue Hammond du nom de son inventeur Laurens Hammond connut plusieurs déclinaisons depuis son invention en 1934. Basé sur un système de double induction electro-magnétique à roues, aimants et capteurs délivrant un signal amplifié au final, le Hammond est un instrument électro-mécanique de facture complexe, lourd (presque 200 kg) et encombrant avec son buffet, son banc, ses deux claviers et son pédalier de basses.


Le B3 fut introduit en 1955 et connut une longue carrière jusqu'à son retrait en 1974. Il fut ensuite remplacé par des versions électroniques, beaucoup moins lourdes, chaque constructeur (Farfisa, Roland, Korg, Kurzweil etc...) s'efforçant de reproduire le son de l'instrument d'origine. Avec l'essor du numérique, on peut aisément le reproduire en concert, par simple émulation logicielle (B4 de Native Instruments ou HX 3). Les résultats sont spectaculaires, mais on trouvera toujours, comme pour les amplis à tubes, des inconditionnels du son vintage.

Fats Waller, un pionnier de l'orgue de jazz.

L'utilisation de l'orgue en jazz ne commença pas avec le B3. C'était au départ dans sa version à tuyaux et soufflerie l'impressionnant instrument d'église utilisé au cours d'une longue tradition de musique religieuse qui connut son apogée dans les compositions polyphoniques et autres préludes et fugues de Jean-Sébastien Bach.

Comme le rappelle mon ami de Denver, Thomas Cuniffe, rédacteur en chef du site jazzhistoryonline.com et auteur d'une remarquable étude particulièrement documentée intitulée “Fats Waller and the pipe organ”,  Thomas Fats Waller avait joué de l'orgue dès son tout jeune âge à Harlem, à l'Abyssinian Baptist Church où officiait son père pasteur, puis au Lafayette Theater.

Il fut le premier musicien de jazz à faire swinguer l'instrument et les premiers enregistrements furent réalisés à la Trinity Baptist Church à Camden dans le New Jersey. L'église avait été rachetée par la compagnie Victor et son orgue spécialement modifié pour les besoins du studio. Soixante treize faces y furent enregistrées entre 1926 et 1939, avant que Fats Waller ne se procure un orgue Hammond en 1938.


En 1942, Fats Waller enregistra sur le Hammond model D, un des précurseurs du B3, son célèbre “Jitterbug Waltz”


La petite histoire retiendra qu'au cours d'une de ses deux tournées en Europe en 1938, et à l'invitation de Marcel Dupré, Fats Waller eut l'occasion de jouer sur les grandes orgues de la cathédrale Notre Dame de Paris.

Count Basie, Wild Bill Davis et Milt Buckner:

Dans son autobiographie intitulée “Good Morning Blues” Count Basie raconte son apprentissage de l'orgue aux côtés de Fats Waller, au Lincoln Theater, où ce dernier jouait de l'orgue de cinéma,“un Wurlitzer à tuyaux de dix mille dollars” pour accompagner les films muets de l'époque. Il fallait jouer diverses mélodies en regardant les images.

“Regarde l'image à l'écran disait-il aussi. Ne t'occupe pas du clavier. Quand tu suis l'image sur l'écran, joue ce qui se passe par la tête. Si tu vois que ça remue, joue quelque chose qui aille avec l'image. Si quelqu'un est triste, invente un petit truc qui colle. A d'autres moments il faut jouer quelque chose  de bien enlevé etc...”.  C'est  ainsi que ça se passait entre Fats et moi. C'est ainsi qu'il m'a appris, et ce sont les seules leçons d'orgue que j'ai jamais prises.

Basie, avant tout pianiste et chef d'orchestre, enregistra relativement peu à l'orgue. L'essentiel figure  dans l'album Verve VLP 9074 qui rassemble les sessions en petite formation enregistrées en 1952.


On y retrouve le style économique et élégant du Count au piano, enrichi des couleurs propres à l'instrument, comme dans ce très low down “K.C. Organ Blues”:



Un  autre chef-d'oeuvre est le  “Count Organ Blues” avec à nouveau l'aérien (et lestérien)  Paul Quinichette au sax ténor et Joe Newman à la trompette.


Au début des années cinquante, Wild Bill Davis sut exploiter toute la puissance et les timbres flamboyants  du Hammond en le faisant sonner comme un big band. Il avait écrit l'arrangement du  standard de Vernon Duke, “April in Paris”,  pour  le big band de Count Basie avec en guise de conclusion  les célèbres “One more time” et les trois  reprises surprise de l'orchestre. En raison d'un accident survenu au camion de transport, l'orgue n'arriva jamais au studio à temps pour la séance. “April in Paris” et son final furent pour Basie un énorme succès. Wild Bill Davis en reprit à son compte l'arrangement pour sa propre formation ramenée au trio guitare, orgue et batterie qui devait devenir pour de nombreuses années à venir  la configuration canonique du Hammond en concert. 


En 1969 à Berlin, un autre “April in Paris”. Le Hammond de Wild Bill était bien arrivé cette fois, et le big band était celui de... Duke Ellington. On remarquera que l'orchestre ne joue pas sur ce morceau, preuve s'il en était besoin qu'un B3 peut remplacer à lui tout seul un orchestre de 15 musiciens.

 

Toujours avec Duke Ellington pour la même tournée européenne, mais avec l'orchestre au complet cette fois, voici à présent un jubilatoire “Satin Doll”


Enfin sur  “Johnny Came Lately”, l'alerte composition de Billy Strayhorn enregistrée à Montreux en 1989, Wild Bill Davis donne à nouveau la pleine mesure de son  jeu tout en swing et en  souplesse, propulsé par l'accompagnement incisif de Mikey Roker à batterie.


Milt Buckner est principalement connu pour être à l'origine au piano du jeu en “Block Chords” dit encore “locked hands technique”, où les deux mains jouent simultanément en parallèle une mélodie d'accords, un procédé que Georges Shearing, Oscar Peterson ou Red Garland utiliseront largement par la suite. En voici une démonstration jouée par Milt Buckner au piano sur le thème de Robbin's Nest.

Au début des années cinquante, Milt Buckner adopta le Hammond qu'il contribua largement à populariser auprès des musiciens et du public. Son jeu exubérant, ponctué de grognements et de mimiques fit le reste.  Il vint en france en 1966, où sa carrière connut un nouvel essor avec de multiples tournées dans toute l'Europe, souvent en compagnie de Joe Jones, l'ancien batteur de Count Basie C'est ce duo qu'on entendra au début ce revigorant extrait de “l'Aventure du Jazz” le film réalisé par Louis Panassié à la fin des années soixante. En prime on peut y entendre et voir Georges Benson accompagnant à la guitare un spectaculaire numéro de claquettes de Jimmy Slide.



Milt Buckner enregistra en France de nombreux et remarquables albums pour le label Black and Blue, comme en témoigne éloquemment ce “Mack the Knife” en compagnie du saxophoniste Buddy Tate. L'alliance entre la sonorité enveloppante du Hammond et la chaleur  du saxophone ténor donnera lieu à une longue descendance instrumentale, en venant s'ajouter la configuration orgue guitare batterie déjà évoquée. 



A suivre... L'arrivée de Jimmy Smith, champion du monde poids lourds du Hammond B3

mardi 10 mai 2016

En attendant la deuxième édition du Festival de Jazz de Saint Etienne les Orgues...

Saint Etienne les Orgues petite commune de Haute Provence sise au pied de la montagne de Lure, où l'auteur de ce blog a le bonheur de résider pourrait-elle bientôt devenir un de ces lieux en France, accueillants pour les musiques et  les musiciens de jazz  ?


Il en existe encore  de très nombreux,  de Marciac à  Coutances, pour les plus prestigieux,  et de plus confidentiels mais non moins courus quand vient l'été, je pense en particulier à celui de Saint-Cannat (Jazz à Beaupré), à deux pas  d'Aix en Provence où l'on attend cette année encore Kenny Barron, en cet endroit au milieu des vignes, qu'il semble affectionner. J'y étais allé l'écouter  le lendemain  de la venue du trio de  Hank Jones accompagné de ce merveilleux batteur qu'est Willie Jones III  pour un de ses derniers concerts avant sa disparition, lors de la onzième édition en juillet 2009.

Contrairement à ce que des esprits mal informés pourraient croire, la scène du jazz en France reste  malgré des difficultés conjoncturelles (baisse des subventions, problème des intermittents du spectacle) d’une exceptionnelle vitalité. Jamais il ne s’est trouvé autant de nouveaux talents, de disques, de concerts, de magazines, de ressources sur le web, et le public sans doute lassé de l’insipide  musique de grande consommation est au rendez-vous, que ce soit pour applaudir d’illustres vétérans aussi bien qu’une nouvelle génération débordante  d’énergie et de talent par qui la relève est assurée.



Le Festival de Jazz de Saint-Etienne les Orgues, à l'initiative de  la Mairie et avec le concours de Max Bontoux, lui même organisateur du festival de Ville sur Auzon, a connu sa première édition en juillet dernier. Raphaël Imbert en fut intronisé le parrain, ce qui, connaissant sa réputation, son dynamisme et son entregent , laisse augurer de grandes choses.  

On y annonce pour  juillet le trio de Rhoda Scott, grande dame du Hammond B3. J'avais particulièrement aimé  son « Lady Quartet », avec Lisa Cat-Berro, sax alto, Sophie Alour, sax ténor, et Julie Saury à la batterie. [MaJ] C'est officiel, c'est bien avec ce même quartet que nous aurons l'immense joie de l'applaudir cet été sur la scène du Théâtre de verdure, idéalement aménagé par la commune à cet effet !



[Maj] deux vidéos de présentation des deux festivals jumeaux de Ville sur Ozon et de Saint Etienne les Orgues viennent d'être mises en ligne:




P.S. Sur le Coeur qui Jazze, on se plait déjà à imaginer, sait-on jamais, ce que d'aventure pourrait être le programme  de prochaines éditions. 

Tiens et pourquoi pas Camille Bertault la star montante du vocalese  à la française, pour laquelle ce blog n'a guère caché son enthousiasme ? Ou Laurent Courthaliac , invité à Coutances pour l'édition 2016 de Jazz sous les Pommiers ? 

Et puis, ce serait vraiment magnifique, rien moins que Le Roi René, autement dit René Urtreger , un de nos plus grands jazzman, auquel Agnès Desarthe vient de consacrer une biographie inédite ? 

Et  pourquoi pas non plus, allez, au hasard ou presque,  Olivier Hutman, Laurent de Wilde, Sophie Alour, Anne Paceo, Sébastien Texier , digne fils de son père Henri ? Céline Bonacina ? Samy Thiebault ?  Géraldine Laurent ? autant d'étoiles montantes ou déjà brillantes au firmament du jazz qu'on dit hexagonal.

Réentendrons-nous aussi un jour prochain sur cette même scène du Théâtre de verdure le trio que mon ami Henri Florens, Raphaël Imbert et Marion Rampal avaient formé en décembre dernier à l'occasion d'un concert inoubliable au Café Provisoire de la MJC de Manosque ?




Et puis, voyons plus loin, soyons fous, rêvons à voix haute, appelons de nos voeux l'impensable, conjurons l'impossible et tutoyons l'utopie !.. Il reste si peu de grandes légendes encore vivantes du jazz. L'une d'entre elles parcourt toujours  le monde, animant, de l'Italie au Japon,  pour des étudiants de toutes nationalités,  des workshops (ateliers) particulièrement recherchés. 

Il continue inlassablement à transmettre la flamme, enseignant ce qu'il appelle  « The Spirit of Bebop ». Il accompagna les plus grands, le gotha du jazz moderne. Ses disques sont recherchés par les  plus pointus des amateurs et collectionneurs. 

Il n'est quasiment jamais venu en France, les grands festivals l'ignorent, je me demande bien pourquoi (*). Il vient de fêter en décembe dernier ses  quatre vingt sept ans. Il est ce qu'on appelle au Japon un trésor national vivant, éminemment respecté comme dépositaire d'une tradition précieuse, à préserver à tout prix. Son nom est Barry  Harris.




Alors, Barry Harris, invité d'honneur un jour futur au Festival de Jazz de Saint Etienne les Orgues ?  Le premier disque de Camille Bertault, dont on trouvera sur ce blog la  chronique détaillée s'intitule « En Vie ». 

« Envie » , « En vie »...

Ce titre lui a été inspiré dit-elle par une citation de Jacques Brel. Rien ne saurait mieux convenir à ce billet en guise de point final ou plutôt non, de point de suspension, marquant comme une attente, celle des choses à venir (1) .

« Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir, 
et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns. »



(*) Barry Harris est au moins venu une fois en France. C'était à Rennes en 2009. Il en reste un album "Live in Rennes", enregistré sur place.


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(**)  « Things to come » est le nom d'une composition de Dizzy Gillespie qui en révolutionnant  la musique de son temps, ouvrit en grand  au jazz les portes d'un nouveau monde.


samedi 7 mai 2016

Le Choeur PSL (Paris Sciences et Lettres) et Raphaël Imbert à Saint Etienne les Orgues

Il arrive parfois de vivre des moments de grâce ,  « Amazing Grace » , tel ce gospel interprété en ce premier mai à la médiathèque de Saint Etienne les Orgues par la chorale Paris Sciences et Lettres, venue tout spécialement de la capitale offrir un superbe  écrin au(x) saxophone(s) de notre célèbre voisin Raphaël Imbert, « Our Man In Jazz » comme il me plaît de l'appeler, en référence à  un album essentiel de Sonny Rollins. Un concert avait été donné la veille  en la cathédrale Notre Dame du Bourguet  à Forcalquier, pour la première partie d'un programme de musique sacrée intitulé  « De Bach au Gospel : la spiritualité en musique ».





Cet  ensemble vocal, sous la conduite de  Johan Farjot, est avec l'orchestre symphonique qu'il dirige sous la même appellation une composante du collectif Paris Sciences et Lettres, PSL en abrégé, et présente la particularité de rassembler des musiciens, professionnels ou non, en majeure partie étudiants, ou personnels  issus des Universités  Paris 1 - Panthéon Sorbonne, Paris Dauphine, de  l’Ecole Normale Supérieure, ainsi que  d'autres établissements d’enseignement et de recherche associés. Une plaquette de présentation détaillée en pdf est téléchargeable sur le site de Musique Paris Sciences et Lettres.

Joan Farjot est pour sa part pianiste, compositeur et  chef d’orchestre, au parcours impressionnant. Il est également  avec Arnaud Torette le directeur musical de l' Ensemble Contraste dont le répertoire original traverse les frontières entre les styles et les genres. Plusieurs disques  salués par la critique ont été produits, dont  « Après un rêve » avec Karine Deshayes, ou « Miroirs », avec Raphaël Imbert et Karol Beffa


La chorale PSL s’est  attiré le concours régulier de Raphaël Imbert dont  les multiples projets  de « Bach Coltrane » à  « Music is my Home » ainsi que son activité au sein de la Compagnie Nine Spirit ont étendu la renommée  bien au delà de sa Haute Provence d'adoption.

Concernant  la thématique choisie pour ce concert, la distance semble grande entre le recueillement, sinon l'austérité toute luthérienne des grandes cantates du Kantor de Leipzig et l'exubérant déferlement d'orgue et de  battements de mains rythmant les «Wednesday Night Prayer Meetings»  des églises évangéliques fréquentées par la communauté noire américaine un peu partout aux Etats-Unis.


Charlie Mingus. "Wednesday Night Prayer Meetin"

C’est pourtant à l’expression d’une même foi, que l’ample déploiement  du  Choral du Veilleur, « Wachet auf, ruft uns die Stimme »


peut  faire écho par delà les siècles et les distances à la ferveur  débridée des assemblées de fidèles chantant, comme ici à Memphis  «Oh Lord Remember me» avec Albertina Walker


Entre chaque morceau Raphaël Imbert expliquera, et remettra en contexte avec humour et pédagogie, aimant à transformer comme il en est coutumier  chacune de ses prestations en  mini-conférences, comme qu’il l’avait déjà fait de façon détaillée en ce même lieu, le jour où il  était venu exposer les idées force de son magistral ouvrage intitulé « Jazz Suprême, Initiés mystiques et prophètes ». 


On  ne manquera pas d'en  recommander  la lecture, particulièrement éclairante sur cette question du rapport de la musique, et de la musique de jazz en particulier au sacré ainsi qu'à son envers profane.


Le concert:

Une très belle et émouvante composition du saxophoniste, écrite nous dit-il à l’occasion de la perte d’un proche, intitulée « Eternité Douce amère » nous le fit entendre en ouverture, simplement accompagné au piano par Johan Farjot.  


Il en existe une version sur  YouTube également  accompagnée par Johan Farjot, mais avec le concours des  violonistes Arnaud Torette et Geneviève Laurenceau:


Après une brève introduction de Raphaël soulignant  l’originalité et le caractère exceptionnel en ce lieu  de l'évènement  (et remerciant au passage la Mairie de Saint Etienne les Orgues de l’avoir rendu possible) , le choeur de Paris Science et Lettres entrera en scène sur deux rangées, pour  interpréter « Oblivion » , une composition d’Astor Piazzola figurant au répertoite de l’Ensemble Contraste:



Le choeur enchaînera  sur une suite regroupant  deux des  pièces les plus typiques du Gospel. Le mot Gospel vient de Godspell, signifiant  Parole de Dieu, ou Evangile:  « Amazing Grace » , tout d'abord dont les paroles furent  écrites vers 1760 par le prêtre anglican John Newton, ancien capitaine négrier converti au christianisme. 

La mélodie, sur une gamme pentatonique très simple écrite plus tard par William Walker sous un premier titre de « New Britain », et ce depuis une première  version qu’en donna  Mahalia Jackson en 1947,  fut très tôt chargée d’un symbolisme politique et associée au mouvement des droits civiques. Elle devint peu à peu un hymne universel. 


On le retrouve couramment aux Etats-Unis à l’occasion de cérémonies funéraires en particulier et aussi bien dans le monde entier, lors de grands événements ou rassemblements, du Festival de  Woodstock… au festival de Dunkerke (sic). Elle est aussi chantée au début de diverses rencontres sportives. Une des plus étonnantes versions en  est celle chantée par  Barack Obama lors de l’hommage rendu aux victimes de la tuerie de Charleston en Caroline du sud.


« We Three Kings » est  un chant de Noël écrit en 1857 par John Henry Hopkins Jr, recteur de l’église épiscopale de Williamsport, en Pennsylvanie. Les trois rois sont les Rois Mages de la Nativité:

We three kings of Orient are;
Bearing gifts we traverse afar,
Field and fountain, moor and mountain,
Following yonder star.

Nous somme les trois rois venus d’Orient;
Avec nos présents nous avons traversé, 
champs, fontaines, landes et montagnes,
suivant l’étoile au loin.

Le multi-instrumentiste et homme-orchestre Roland Kirk en a donné une version cent pour cent jazzy rebaptisée « We Free Kings » 


Avec « Abide with me  »  nous restons dans le domaine des  hymnes et cantiques chrétiens sur le thème « Seigneur reste auprès  de moi ».La mélodie sur des paroles de l’anglican Henry Francis Lite fut composée en 1861 par un certain William Henry Monk.

William Henry Monk

Abide with me; fast falls the eventide;
The darkness deepens; Lord with me abide.
When other helpers fail and comforts flee,
Help of the helpless, O abide with me.

L’hymne est célèbre dans tout le monde anglo-saxon et retentit régulièrement au cours de cérémonies religieuses ou militaires. C’était aussi l’hymne religieux préféré de Gandhi.  

Il se trouve également, ainsi que  ne manque pas de nous le rappeler Raphaël Imbert, que le pianiste Thelonius Monk, dont on rappelle qu'il avait commencé par jouer à l'église, « The High Priest of BeBop » comme on le nommait alors,  avait revendiqué une filiation avec son homonyme, au point d’avoir fait interpréter  «  Abide with Me » par son septet, pour son disque RLP 12-242 intitulé « Monk’s music».

Thelonious "Sphere" Monk

La distribution, prestigieuse, inclut  outre le piano de Monk, l'altiste Gigi Gryce, les deux maîtres du saxophone ténor classique et moderne, Coleman Hawkins et John  Coltrane ainsi que le bassiste Wilbur Ware et le batteur Art Blakey:


Le concert continuera  avec «  My Lord What a morning ». C'est à nouveau un  hymne du répertoire religieux, dont les parole font  référence au Jugement dernier

My Lord, what a morning !
My Lord, what a morning !
Oh my Lord, what a morning
when the stars begin to fall.

Oh, you will hear the trumpet sounds
To wake the nations underground,
Looking to my Lord's sright hand

When the stars begin to fall.

Un changement de style interviendra avec « Like Someone in  Love » , composition de Jimmy Van Heusen, pris par Raphaël Imbert et les voix  sur un tempo medium à la respiration très jazzy. Il s’agit de ce que l’on nomme aujourd’hui un standard, appartenant l' immense répertoire du « Great American Songbook »  ou se  côtoient mélodies écrites pour le cinéma et pour les comédies musicales de Broadway. Elles constituent en dehors de leurs propres compositions l'essentiel du matériel thématique utilisé par les jazzmen en tant que support à l'improvisation.


Les auteurs de ces thèmes étaient le plus souvent des émigrés ou descendants d’émigrés venus d’Europe, emportant avec eux tout un héritage de la grande musique  classique et romantique du vieux continent. On y retrouve en particulier de nombreux compositeurs juifs exilés, dont il est paradoxal, comme nous le fait remarquer Raphaël, qu’ils aient du fuir la barbarie nazie pour pouvoir perpétuer sous d’autres cieux une tradition en grande partie allemande.  C’est ainsi que pour pouvoir en vivre, la plupart mirent  leurs talents au service de « l’entertainment » autrement dit d’une  industrie devenue  florissante du divertissement musical, du cinéma, et du spectacle en général. J’ai un faible pour cette version de « Like Someone in Love » par  les  Jazz Messengers d’Art Blakey , avec son  long  chorus éloquent du trompettiste Lee Morgan.


On réalise tout ce que doit  cette grande musique nord-américaine qu’on appelle le jazz à ce croisement d’influences et de cultures, sans lien évident entre elles au départ; tradition classique européenne, de Jean Sébastien Bach à Richard Wagner ; tradition afro américaine  issue du blues et des chants religieux; influence grandissante ensuite enfin du cinéma et du show business naissant de Hollywood à Broadway.

A y regarder de près les repères et les dichotomies bien établies  se brouillent. Il n’y a a pas de grande musique et d’art mineur, de musique pour l’esprit et de musique pour le corps, l’une pour l’élévation et l’autre pour le divertissement. Le jazz  est à la croisée de ces métissages  dont il est le produit.

Le choeur et Raphaël enchaîneront ensuite avec « Scat Canon » dont le titre résume à lui seul l'esprit et la finalité d'un démarche consistant à jeter en pont entre deux mondes. 


Le scat dans le jazz est une technique vocale consistant à remplacer les paroles par des onomatopées rythmiques improvisées. Un procédé que pratiquèrent abondamment entre autres Louis Armstrong, Ella Fitzgerald et Dizzy Gillespie. Le tompettiste Médéric Collignon nous en fait une démonstration pour le moins réjouissante et déjantée :


Un scat canon "canon" trouvé sur YouTube

Avant un Ave Maria,  on restera  dans l'univers de Bach avec le Prélude Numéro un du clavier bien tempéré. 


« A quoi sert la musique ? » demandera  alors le saxophoniste, évoquant  le fait qu’aux USA, de grandes actions, en particulier les grandes marches pour la revendication des droits civiques sous la conduite de Martin Luther King s’étaient souvent, sinon toujours faites en musique. C’est le cas de ce « We shall Overcome » , devenu  emblématique du « protest song » , chanté en leur temps par Pete Seeger et Joan Baez et repris en choeur au cours de tous les grands mouvements de rassemblements de revendication. 


L’assistance sera  invitée à se joindre au choeur en après un rappel des paroles;

We shall overcome, we shall overcome,
We shall overcome someday;
Oh, deep in my heart, I do believe,
We shall overcome someday.

The Lord will see us through, The Lord will see us through,
The Lord will see us through someday;
Oh, deep in my heart, I do believe,
We shall overcome someday.

On peut les entendre résonner, reprises par la foule sur cette video au cours d’une des trois grandes marches de protestation de Selma  à Montgomery, en Alabama qui marquèrent l’apogée du mouvement pour la revendication du droit de vote pour le peuple afro-américain.


Dans ce même registre, le morceau suivant,  « NKosi sikelel  iAfrika » (Que Dieu bénisse l’Afrique)  écrit en langue xhosa accompagna le mouvement de libération de l’African National Congress (ANC) contre l’apartheid en Afrique du Sud, dont il devint un des deux hymnes nationaux ainsi que celui de plusieurs états africains après la proclamation de leur indépendance. En voici une version par le Soweto Gospel Choir. 


Un concert de musique sacrée ne pouvait se terminer sans que ne soit convoquée à  nouveau  la figure tutélaire de  Jean Sebastien Bach au travers de  son « Jesus bleibet meine Freude », « Que ma joie demeure ». On sait que Raphaël Imbert avait déjà su jeter un pont entre l’art immense et austère du Kantor de Leipzig et celui infiniment lyrique et incandescent, de l’interprète de «  A Love Supreme », un certain John Coltrane.


Un bis s’imposait, et quoi de plus approprié pour célébrer au final les noces du profane et du sacré qu’une composition de Duke Ellington, reprise en swinguant de belle manière par l'ensemble. Elle appartient au répertoire des fameux « Concerts of Sacred Music » du Duke,  magnifiquement et simplement intitulée « My Love »  et  dont on écoutera  ici l'exposé, au début d’une version du « Third Concert » enregistrée en 1973 à l’abbaye de Westminster.


My Love, A Love Supreme..