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lundi 25 avril 2016

La fille sur l'internet. Traduction française d'un article de Thomas Cuniffe sur Camille Bertault.


A l'occasion de  la diffusion par Alex Dutilh le mercredi 27 avril sur France Musique d'un épisode de l'émission  Open Jazz consacré au premier disque de la chanteuse Camille Bertault, dont le CqJ s'était fait l'écho enthousiaste dans ses dernières chroniques, on trouvera ici la traduction française d'un article  élogieux et documenté, signé par Thomas Cuniffe et publié sur son site jazzhistoryonline.com

The girl on the internet
Il y a de de grandes réussites qui  tiennent parfois à peu de choses. Un jour, courant  2015, la chanteuse de jazz française Camille Bertault échoua à son examen du conservatoire.  Pour se remonter le moral elle écrivit des paroles sur l’une des compositions les plus connues de John Coltrane. Celles-ci parlaient du « pas de géant » que constituait le fait de réaliser qu’il valait mieux accorder plus d’importance à ses propres attentes qu’à celles des autres. 

Après avoir  installé une caméra video, elle s’enregistra sur  la version originale de Coltrane pour ensuite télécharger sa performance  sur Facebook à l’intention de ses amis. La vidéo apparut sur « Jam of the week » et devint virale en quelques jours. Les non francophones n’eurent pas accès  au sens des paroles de Camille Bertault, mais tous ceux qui la visionnèrent de par le monde furent impressionnés par la déconcertante précision avec laquelle elle reproduisait en scat le solo de Coltrane, sur un tempo particulièrement rapide.



Tout au long de l’année dernière, Camille Bertault est devenue un phénomène de l’internet. Elle a mis en ligne une douzaine de videos pour ses pages YouTube et Facebook, lesquelles ont pratiquement 
toutes  suscité des milliers de vues. 

Camille Bertault sait donner a chacune de ses vidéos une touche visuelle originale en les enregistrant en différents lieux, portant des tenues variées. Sur un de ses clips, Camille Bertault dispose la caméra en contre plongée et chante le solo torride (blistering, NdT) de Brad Mehldau sur Anthropology, vêtue s’un sweater vert à col roulé, de bretelles rouges, d’un chapeau ajusté serré avec des lunettes de soleil. 


Sur un autre solo de Mehldau elle est assise par terre, vêtue d’un haut  noir sans manches, tenant un chat serré dans ses bras. 



Le chat apparait aussi dans une autre vidéo ou Camille Bertault, étendue sur son lit chante un solo du trompettiste Eric Le Lann, mais le félin quitte le champ rapidement.  Apparemment son chat n’est pas un amateur de trompette. 




Son doublage vocal du  Frevo Novo » d’Hermeto Pascoal est d'une grande fraîcheur. Elle y monologue à l'intention  de son auditeur, s’amusant à rouler des yeux de façon très comique, effet encore accentué par ses lunettes papillon.


Les vidéos de Camille Bertault ne sont pas toutes des transcriptions. Elle a créé une étonnante version solo du « Freedom Jazz Dance » d’Eddie Harris en utilisant  une pédale loop. 



Elle a par ailleurs exécuté une série de duos avec la chanteuse de jazz suédoise Sofie Sörman (dont une remarquable version du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel) 



et donné une suite à sa transcription du solo de Cory Henry sur sa video du « Lingus » de Snarky Puppy sous la forme d’une version live du « Crazy in Love » de Beyoncé, avec Henry en personne aux claviers. Cette dernière vidéo a été enregistrée au Duc des Lombards, un club de jazz parisien tout proche de l’appartement de Camille Bertault. Henry avait reconnu Camille dans l’assistance et l’avait invitée à le rejoindre sur scène. Elle aurait dit-elle  écrit les paroles en français en cinq minutes.



L’essentiel des divers talents dont fait montre Camille Bertault dans ses videos sont le résultat  d’années d’entraînement intensif. Elle est née il y a 29 ans à Paris. Son père, Paul, est ingénieur du son et pianiste amateur et fut au début à l’origine de l’intérêt de Camille pour le jazz et le piano (le père et la fille ont récemment collaboré à une charmante version video du « You ‘ ve Changed » de Billie Holiday). 


Elle débuta ses études théoriques au Conservatoire de Paris à l’âge de huit ans. La famille déménagea dans le sud de la France alors qu’elle avait 13 ans , ce qui la fit s’inscrire au Conservatoire de Nice. Pendant sa scolarité elle étudia la piano, la composition et l’opéra, mais elle décida que la musique classique était un cadre trop restrictif pour son style. Elle étudia le théâtre et écrivit deux pièces avant de s’essayer à chanter du jazz à l’âge de 25 ans.

Pendant qu’elle étudiait avec les vocalistes Sara Lazarus et Pierre Bertrand, l’essentiel de ses influences vint des instrumentistes, un fait qui s’impose à l’évidence en écoutant les enregistrements de Camille Bertault. Une demo datant de 2013 (avec son père au piano) comporte cinq pistes, dont toutes sauf une sont basées sur des enregistrements classiques d’instrumentistes. 

Sur ce court programme les paroles en français font forte impression et ses solos en scat démontrent qu’elle avait déjà développé son propre style. Lorsque elle enregistra son plus récent CD « En Vie »,  son art avait déjà progressé  à un niveau étonnant.



Paradoxalement, « En Vie », qui vient d’être récemment publié sur le label « Naïve » en Europe et « Sunnyside » aux USA fut enregistré juste avant que Camille Bertault n’ait commencé à créer ses vidéos sur Internet. Elle avait  trouvé une première audience en France en faisant appel au financement participatif  pour la production de son album. 

Quand les vidéos de Camille lui valurent son succès dans le monde entier, le producteur vétéran Mat Pierson se proposa de sortir le disque, ou l’on entend la superbe section rythmique composée de Olivier Hutman au piano, Gildas Boclé à la contrebasse et de Antoine Paganotti à la batterie. La très forte affinité de Camille Betault pour le classicisme du jazz Blue Note se fait sentir dans les trois premières plages du CD. 

Le titre d’introduction « Quoi de plus anodin » est son adaptation de du « Empty Pockets » de Herbie Hancock, qui fut le premier titre enregistré par ce dernier, en l’occurrence dans « Takin’ Off », son premier album pour Blue Note. 



Le troisième morceau qui s’ouvre par un envoûtant dialogue en liberté entre Camille et Gildas Boclé est le « Infant Eyes » de Wayne Shorter, l’un des thèmes tout à fait remarquables de «  Speak no Evil » . 


Mais sa profonde immersion dans le  style classique Blue Note se confirme pleinement entre ces deux titres avec une composition originale intitulée « Course » dans laquelle sa voix se trouve triplée en re recording, sur un arrangement qui fait penser aux Jazz Messengers d’Art Blakey, et particulièrement aux unissons trompette, saxophone trombone de Freddie Hubbard, Wayne Shorter et Curtis Fuller. 


On retrouve l’enregistrement multi-pistes  sur le morceau « A l’Amer tume », avec  l’utilisation de voicings  significativement différents pour cet arrangement. 

« The Peacocks », la composition de Jimmy Rowles subit une complète transformation, avec un traitement en deux temps, faisant d’abord entendre les nouvelles paroles en français chantées dans le tempo original d’une ballade. L’improvisation s’envole ensuite, flottant  sur un rythme animé en 5/4. 



Son solo sur l’original « Tatie Cardie » se présente comme une folle équipée  ou Camille tout en bourdonnant  des lèvres sur un tempo indéfini, improvise des traits rapides comme l’éclair, emplis d’intervalles étonnants et inattendus. 

Le « Prelude to a Kiss » de Duke Ellington expose un autre versant de ses  prouesses d'improvisation, alors que son solo rappelle les vocaux imitant la trompette de Bobby Mc Ferrin sur la bande son du film de Bertrand Tavernier, « Round about Midnight »

Malheureusement le livret de Sunnyside contient seulement les paroles en français de Camille Bertaut, sans leur traduction. Elle a malgré tout donné  une description de ses textes à Bret Sverjin, de Sunnyside, et dont voici quelques extraits:

« Quoi de plus anodin » … est l’histoire d’un pickpocket. C’est le reflet de sa dure vie, avec un sentiment de blues à la fois léger et empathique. Le haletant « Course » évoque la vie au rythme frénétique de la cité. 

Les paroles de Camille Bertault sur « Infant Eyes » évoquent la pureté et la magie aperçues dans la lueur d’un oeil d’enfant. Inspirée d’une citation de Jacques Brel, le titre « En Vie » est un jeu de mots sur vivant et envie, aussi vivante que peut l’être le morceau même. 

« The Peacocks » de Jimmy Rowles connait une deuxième vie sous le titre « Cette nuit » où Camille Bertault imagine un rêve au sujet de paons, dans une ambiance étrange incorporant les couleurs  du plumage. 

Un autre jeu de mots se retrouve dans le titre « A l’Amer Tume » ou l’on peut entendre la mer aussi bien que l’amertume, avec des allusions  tant aux vagues  qu’au fait de se noyer dans la morosité. Le « Double Face » fait écho à l’aspect Janus de tout un chacun,  l’effervescence de la voix sans le recours aux mots venant soutenir de bout en bout une performance pleine de vie. 



Le récit de « Tatie Cardie » parle d’une vieille dame prenant le thé et soudain surprise par une explosion faisant trembler le sol et  et accélérant son rythme cardiaque. Le thème est magnifiquement renforcé par une exécution toute en rapidité de la formation ainsi que par son puissant lyrisme. La charmante interprétation de «  Prelude to a kiss » de Duke Ellington avec ses paroles originales exprime les sensations éprouvées juste avant un baiser. «  Satiesque » est écrit avec  à l’esprit le compositeur impressionniste Eric Satie ainsi que  son  influence.

Dans la mesure ou « En Vie » a été enregistré avant les videos de Camille, il sera particulièrement intéressant d’écouter son prochain CD. Je présume qu’elle  y incluera encore plus de références à un jazz contemporain, en plus de son fort enracinement  dans le style Blue Note. 



Il semble ces derniers temps que chaque album important fasse appel aux contributions extérieures d’artistes invités, mais dans le cas de Camille Bertaut, ce ne pourrait être qu’un avantage: alors  que « En Vie » prouve qu’elle est capable de soutenir seule un album entier de son cru, il serait instructif de l’entendre improviser en compagnie de quelques uns des jazzmen les plus avancés de l’époque. Elle a déjà trouvé une alchimie musicale avec Cory Henry, et je suis certain que d’autres musiciens de sa génération ne demanderaient pas mieux que de collaborer avec elle. 

En partageant sur internet son évolution à destination d’une audience globale, Camille Bertault a rendu évident le fait qu’elle possédait un talent phénoménal. 

Sans doute avait-elle échoué à son examen, mais il semble qu’elle soit désormais prête pour réussir ses études supérieures sur la scène mondiale.

L'album de Camille Bertault est annoncé sur Amazon comme disponible à partir du 29 avril.

Il est  disponible en version CD ou téléchargeable sur le site de Sunnyside, ainsi que sur Itunes.

vendredi 4 mars 2016

Le chat de Camille Bertault n'aime pas la trompette...


Eric Le Lann est un merveilleux musicien. Mais sans doute  faudrait il essayer quelque chose de plus doux aux oreilles félines. Je suggère le "Alone Together" de  Kenny Dorham.  Les miens en tout cas ont l'air d'aimer...



J'en profite pour compléter le billet précédent de cet autre petit bijou de musicalité signé Camille en hommage au génial, au prodigieux Hermeto Pascoal.




[MAJ] Et aussi de cette autre video, qui m'avait échappé, mais qui ne le cède en rien  aux autres question charme, swing et musicalité, sur un chorus du grand Bill Evans.




mercredi 2 mars 2016

Camille Bertault, une nouvelle voix du jazz, à fleur de mots... (précédé de Petite histoire du vocalese).

Fidèle à ses origines, le Ceur qui Jazze adore sans modération les chanteuses et tout spécialement celles qui perpétuent la tradition du « vocalese », variante élaborée du scat, consistant à improviser des onomatopées rythmiques choisies sur l’instant au fil de l'imagination. Le mot « be bop » ou « re bop » en est lui même un exemple que le facétieux Dizzy Gillespie excellait à expliciter en « oop bop sh’ bam shoo be do bee ». On en trouve l’illustration dans un « The Champ » frénétique enregistré à la Salle Pleyel en 1953, prétexte après le chorus de Dizzy à de loufoques acrobaties vocales en duo avec son compère Joe Caroll.


Le « vocalese » proprement dit se définit par une contrainte ajoutée consistant à transcrire en paroles à la note près des compositions ou des improvisations choisies parmi les plus célèbres de l’histoire du jazz. Les deux pionniers notoires en furent King Pleasure et Eddie Jefferson.

S'il fallait situer un peu arbitrairement l'acte de naissance du vocalese, cela pourrait être sans doute le chorus de James Moody dans "I'm in the mood for love" , dans la transcription qu'en fit le chanteur King Pleasure, malheureusement un peu oublié de nos jours


On aurait pu également citer son séminal "Parker's Mood", qu'utilisa Clint Eastwood pour la bande son du film "Bird", avec Forest Whitaker dans le rôle de Charlie Parker.


Eddie Jefferson à son tour trouva son inspiration dans les chorus historiques du Bird, qu'il reproduisit comme il se doit note à note conformément à la règle du vocalese. Les différentes versions qu'il enregistra de "Ornithology" demeurent des pépites d'anthologie:


Quant à sa  reprise du cultissime "So What" de Miles Davis, elle marqua également les esprits à sa sortie et reste une incontournale référence du genre

 

Miles Davis inspira décidément les maîtres du vocalese. En voici un autre bel exemple par Jon Hendricks que le chanteur Kurt Elling considère comme "the godfather of vocalese and perfecter of the art". On l'entend ici en troisième avec Bobby Mc Ferrin et Al Jarreau reprendre le solo de Coltrane dans "Freddie Freeloader", immédiatement après ceux de Wynton Kelly et de Miles Davis.


Pour en revenir aux chanteuses, on ne saurait passer sous silence la contribution de Annie Ross à l'art du « vocalese » au sein du trio « Lambert Hendricks & Ross » dans « Twisted » sa légendaire adaptation des chorus de Wardell Gray.


On se souviendra aussi des merveilleux « Double Six of Paris » fondés par Mimi Perrin, il y aura maintenant cinquante sept ans, sommet du vocalese ou s'illustrèrent entre autres Claudine Meunier, Christiane Legrand, Ward Swingle, Bernard Lubat et Eddy Louiss, sur des arrangements de Dizzy Gillespie ou Quincy Jones. Sous la plume imaginative et fertile de Mimi Perrin, le « Scrapple From the Apple » de Charlie Parker devenait l'histoire de deux copines dont les compagnons passaient leur temps au bar.

Prenons le temps qu'les gars n'sont pas là
Pour parler prenons tout le temps qu'on pourra
Tant qu'on est là toutes les deux
Tenez, nous on parierait bien
Que nos malabars pintent au bar!

Prenons le temps qu'les gars n'sont pas là
Pour parler prenons tout le temps qu'on pourra
Tant qu'on est là toutes les deux
Tenez, nous on parierait bien
Qu'ils nous ramèneront la gueule de bois !



« Anthropology » enregistré avec avec Dizzy, se métamorphosait pour sa part en « T'a pas oublié ton bonnet, père du bop ? »

Dans  cette video Mimi Perrin explique sa conception du vocalese avant d'interpréter avec les Double Six le « Four Brothers » de Woody Herman:


On comprendra donc mieux pourquoi le Coeur qui Jazze ne pouvait manquer de battre un peu plus fort en découvrant un jour par hasard sur YouTube la voix de Camille Bertault. 


Dans une de ses premières video qui totalise un nombre toujours croissant de vues, on la voit chanter chez elle « Giant Steps » de John Coltrane dont on perçoit le saxophone en arrière plan. Le thème est exposé sur des paroles originales de sa composition.


Pas de géant tu
As fait quand tu a compris
Que tu n'es pas là pour être ce
Que le monde veut
Pas de géant tu
As fait quand ce que tu donnes
Vient d'ici, pas d'ailleurs
Ni d'la-bas
Et  qu'tu sais là où tu vas

Vient alors l'impro où Camille Bertault épouse en y fondant sa voix toutes les sinuosités du chorus de Coltrane. Réputée difficile la grille défile rapidement à la cadence de deux accords par mesure dont elle se joue avec une gracieuse et déconcertante aisance. C’est déjà fini… Et on en redemande encore.

Tout récemment  et pour le plus grand bonheur de l’auteur de ces lignes dont c’est probablement l’enregistrement favori, son répertoire s'est enrichi du « Yes or No » de Wayne Shorter extrait de l'album Blue Note BST 84182 intitulé « Juju », un des plus beaux disques du saxophoniste et peut-être même de toute l’histoire du jazz.



A peine publiée cette video a été partagée sur la page FaceBook de Wayne Shorter en personne. Difficile pour Camille Bertault de rêver plus belle consécration, à la veille de la sortie de son premier disque, joliment intitulé « En Vie », et dont j'emprunte à Christophe Jenny du site bananierbleu cette excellente recension à laquelle je ne peux que souscrire mot pour mot:

« C'est frais, c’est vif, c’est habile et léger, c’est beau et mélodieux, poétique, ça pétille ; c’est admirablement soutenu par le trio Olivier Hutman, Gildas Boclé, Antoine Paganotti. Camille Bertault met avec malice des mots français sur les standards, pose les mélodies avec grâce, et décolle sur les chorus avec toute l’amplitude de sa voix, en un équilibre vertigineux mais toujours juste. « En vie », c’est aussi « Envie », et c’est le sentiment que procure l’écoute de l’album, un optimisme résolu, une envie de faire, de ressentir, de profiter… et de réécouter ! Au piano, Olivier Hutman est toujours juste, et colle son jeu aux douces folies de Camille (Tatie Cardie), tandis que Gildas Boclé comme Antoine Paganotti tissent un tapis soyeux sous ses improvisations. Les arrangements et compositions laissent d’ailleurs une belle place aux musiciens qui l’accompagnent en confortant cet esprit de finesse et de légèreté. »


L'album, attendu impatiemment par ses fans est disponible en pré-commande sur le site de Sunnyside Records, avec trois morceaux disponibles en téléchargement, dont un "Infant Eyes" pour lequel les lecteurs fidèles du Coeur qui Jazze auront deviné ma préférence. Les deux autres qu'on se rassure swinguent outrageusement et le piano de l'excellent Olivier Hutman n'y est évidemment pas pour rien.


Je renvoie également à un autre  article signé d'Aliette de Laleu publié sur le site d'Open Jazz sur France Musique. On y en apprend un peu plus sur son parcours et ses motivations. On y lit en particulier ceci (les propos de Camille sont en italique) :

« Pour assurer les solos les plus difficiles - comme Giant Steps de John Coltrane - Camille s’entraîne un peu tous les jours : « Il y a certains passages que je ralentis pour mieux les comprendre car le saxophone sonne différemment par rapport à la voix. »





Camille commme elle vient de le confirmer, interviewée par Alex Duthil dans son Open Jazz du 27 avril, aime par dessus tout l'improvisation. Improviser, elle l'a toujours fait, et continue à le faire, que ce soit sur le web ou sur scène, ainsi que dans cette performance impromptue, a capella, qu'elle offrit ce jour là en direct aux auditeurs de France Musique. (C'est à 18:05 sur le replay, mais il faut absolument écouter l'émission en entier).

Camille Bertault dans Open Jazz sur France musique (La video vient d'être publiée sur YT)



Le Coeur qui Jazze a entrepris de rassembler quelques une des videos Youtube publiées de Camille Bertault, assorties des versions originales, histoire de redécouvrir comme si c’était la première fois les moindres inflexions de lignes mélodiques que l’on croyait connaître par coeur. On imagine assez bien la difficulté de l'exercice (essayez-donc pour voir) ainsi que les heures de travail et de patience qu'il aura fallu à Camille pour venir à bout de tous les défis qu'elle semble avoit décidé de se donner à relever.

Les videos de Camille Bertault disponibles sur YouTube:


Tout d'abord « Mr P.C. » en complément de « Giant steps » (P.C. sont les initiales de Paul Chambers). Ce morceau qui invite nombre de jazzmen à la virtuosité fait également partie du premier disque enregistré par John Coltrane pour le label Atlantic.



« Strode Rode » de Sonny Rollins et son fameux « stop chorus » sur l'album « Saxophone Colossus », son chef d'oeuvre enregistré en 1956 pour Prestige.




« Blue Train », le cadeau de Noël de Camille Bertault

 


« If I Should Lose You », le standard de Leo Robin et Ralph Rainger par Hank Mobley:

J'ai particulièrement craqué je l'avoue pour cette reprise du solo de Hank Mobley en la découvrant, dans la mesure où:

1) J'adore Hank Mobley, tout Hank Mobley:


2) Ce disque "Soul Station", Blue Note BLP 4031 en quartet avec Wynton Kelly, Paul Chambers et Art Blakey est un pur chef d'oeuvre, qui se bonifie à l'épreuve du temps et fait partie bien entendu aussi de mes tous premiers albums favoris

3) J'ai eu l'extrême privilège d'écouter souvent Hank Mobley quand il vivait à Paris, ainsi que je l'évoque ailleurs dans ce blog (voir Solitude de Hank Mobley) 
Pour ces trois raisons, (message personnel), merci Camille !






« Isfahan » de Joe Henderson: 

Joe Henderson, un autre des mes héros, encore, ici dans Isfahan, admirable composition de Billy Strayhorn extraite de l'album « Lush Life » The music of Billy Strayhorn". Joe Henderson aussi, jouait à Paris en ces années là. Un autre souvenir marquant fut celui d'un soir au Chat qui Pêche. La cave était peu remplie. Le premier set du quartet de Joe Henderson battait son plein, accompagné par le trio de George Arvanitas. Un groupe de touristes allemands je crois était descendu, et parlait bruyamment, portant peu d'intérêt à la musique. A un moment ils se levèrent tous pour remonter l'escalier et je réalisais que j'étais à présent seul dans la cave du « Chat »,  ce qui n'empêcha pas le quartet de démarrer son deuxième set et de le jouer jusqu'au bout, comme si de rien n'était. Je fus je crois ce soir là à l'issue de  ce concert privé,  l'homme le plus heureux sur terre !






Dans un registre différent on découvre une autre facette de l'inspiration de Camille Bertault, avec cette reprise simultanée en image dans l'image du solo de Cory Henry dans "Lingus" par le groupe "Snarky Puppy", impressionnant de technique instrumentale, de couleurs sonores et funky à souhait.


Et puisque ce blog est aussi celui des chats du jazz je ne pouvais manquer de clore cet inventaire tout en swing et en douceur par une dernière video titrée « Camille, scat, cat and Brad Mehldau » où celle-ci nous enchante littéralement d'un délicieux moment de félicité féline avec ce « I didn't know what time it was » qu'on dirait tout entier dédié à la joie  simple et profonde d'être ici et maintenant... « En Vie ».


Camile Bertault nous informe sur sa page FaceBook que "En Vie" est à présent disponible sur Itunes

mardi 3 février 2015

Deux chanteuses oubliées, qui ne méritent pas de l'être. Deuxième partie: Joy Bryan

Joy Bryan n'aura, comme Lucy Ann Polk, laissé que deux albums, "Joy Bryan Sings" sous la référence Mode-LP 108, enregistré en juin 1957 avec le Septet de Marty Paich, et "Make The Man Love Me", sous la référence Contemporary M 6304, les 26, 28 et 29 juillet 1961, avec le soutien  d'une  exceptionnelle section rythmique constituée de Wynton Kelly, Al Viola, Leroy Vinnegar, et Frank Butler.




Ces deux disques ont été réédités sur le label Freshsound en un seul CD, pour le moment encore assez  largement disponible. Il inclut l'essentiel de ce qu'on peut savoir de l'itinéraire de Joy Bryan avec les "liner notes" de Joe Quinn pour le premier enregistrement, et celles de Leonard Feather pour la session Contemporary. 

On y apprend qu'originaire de Newcastle dans l'Indiana, Joy Bryan fut très tôt encouragée à chanter, sous l'influence d'une mère, elle même chanteuse, et d'un oncle prédicateur. (My oncle was a preacher in the Pentacostal church, where we clapped  hands and sang).

Ses débuts musicaux s'effectuèrent à Indianapolis auprès du pianiste Sanford Gold ("it was a strange band for  me to start with", she recalls, "because they had charts like "Groovin high" and "Salt Peanuts", and Dizzy and Bird didn't even exist in my world. During the four weeks with this combo I sat and hummed all the parts to myself and learned to love them.")

Ses premiers engagements dans les jazz clubs de la région lui firent rencontrer des musiciens de la scène locale, comme les frères Montgomery,  Carl Perkins, ou Leroy Vinnegar.

Après avoir quelque temps poursuivi une  carrière de chanteuse et de compositrice à Denver, puis à Salt Lake City, où elle se produit avec le trio de Dave Frishberg, elle finit par s'établir à Los Angeles en 1956. 

C'est là qu'elle sera  remarquée par Jimmy Rowles, expert notoire en ce qui concerne l'accompagnement des vocalistes, et chanteur lui même, qui la recommandera  à Marty Paich.  


Jimmy Rowles

Celui-ci sera  l'arrangeur de son premier album  pour le label Mode en rassemblant autour de Joy une formation de tout premier plan pour l'époque (Jack Sheldon (trumpet) Bob Enevoldsen (clarinet, bass clarinet, valve trombone) Herb Geller (clarinet, alto saxophone) Ronnie Lang (clarinet, baritone,alto saxophone) Marty Paich (piano) Red Mitchell (bass) Mel Lewis (drums)).

Le résultat est à la hauteur, comme en témoigne cette magnifique version de "Round Midnight".


ou ce  "When  it's Sleepy Time Down South":


Après un engagement au "Hungry I" de San Francisco, elle se produira  à Los Angeles avec Rowles et  Red Mitchell (Other than working with the Montgomery Brothers, these concerts were the most fun I ever had in music).

En 1961, Lester Koenig l'enregistre sous le label Contemporary, occasion d'offrir à sa voix plus bel écrin dont une chanteuse de jazz puisse rêver. Wynton Kelly est en effet un merveilleux accompagnateur, le plus grand sans doute, comme on peut s'en rendre compte en l'écoutant aux côtés de Dinah Washington,  mais aussi d'Helen Humes, Teri Thornton, Lorez Alexandria, Abbey Lincoln ou Mark Murphy. 

Wynton Kelly était à cette époque en Californie avec Paul Chambers et Jimmy Cobb, à l'occasion d'une tournée du quintet de Miles Davis qui donna lieu aux fameux enregistrements des "Friday Night and  Saturday Night at the Blackhawk" à San Francisco.


Lester Koenig saisira l'opportunité en empruntant  à Miles Davis sa légendaire "All-Star Rythm Section" pour produire le splendide "Gettin'  Together" d'Art Pepper.


Pour l'enregistrement de la session de  "Make The Man Love Me", Paul Chambers et Jimmy Cobb seront remplacés  par les bassiste et batteur maison, en l'espèce Leroy Vinnegar et Frank Butler, dont le puissant soutien  contribua a quelques uns des  plus beaux fleurons du catalogue Contemporary, (1)

Dans le morceau qui donne son titre à l'album, Joy Bryan donne toute la mesure d'un art vocal d'une très grande sensibilité, sublimé par l'accompagnement magistral de  Wynton Kelly. 


Sur "Almost Being in Love",  Kelly démontre son absolue maîtrise des lignes aériennes et du "comping". Le démarrage à 1:41 de son court chorus, avant les échanges avec Butler et Vinnegar et la reprise de la mélodie est un pur régal à lui tout seul.



"My Romance" est quant à lui un chef d'oeuvre de swing et de légèreté, introduit par la guitare d'Al Viola. On y entend Wynton  Kelly souligner d'un trait vif argent le  "castle" dans "My Romance doesn't need a castle rising in Spain", juste avant de nous gratifier d'un chorus alerte et bondissant, ponctué comme il se doit par Frank Butler ainsi que le faisait Jimmy Cobb, de la marque de fabrique de ce dernier, le très fameux rim shot sur le quatrième temps.



"The world of popular and jazz singing (which overlap and  in effect are often one world) contain two basic types of performer. One, found more often in the non-jazz area, is the show business virtuoso whose salient traits are extrovert projection, heart-on sleeve passion and a crowd-pleasing delivery of familiar material.

The other is the artist like Joy Bryan, whose emotional intensity can be discerned without the need of any such calculated effects, whose sensitive ear and jazz-oriented feeling are reflected in a essentially musical approach. Years of association with jazzmen have imbued her with the realization  that communication in music can be achieved on a person-to-person  rather than performer-to-the masses level. Her taste and honesty are reflected consistently in her work throughout these sides."

Goût, sensibilité, honnêteté, absence d'artifice, intensité émotionnelle, musicalité. Difficile de dire aussi bien  les choses que dans cette introduction de Leonard Feather au dos cet album unique et sans lendemain, un peu comme s'il n'avait plus été possible pour Joy Bryan d'imaginer faire mieux, et que,  d'une certaine façon, cette perfection-là suffisait à sa modeste ambition. Il est précisé sur l'unique fiche wikipedia disponible à son sujet (en allemand curieusement) que 1961 fut aussi l'année de son mariage avec Lester Koenig, son producteur, dont l'illustre firme, on en trouvera ici la passionnante histoire, un temps reprise par son fils John, fut rachetée  à la fin des années 1970 par Fantasy. 

Retournée semble-t-il volontairement à l'anonymat, il ne reste de Joy Bryan à présent, à l'exception de ces deux admirables disques, qu'une seule trace sous la forme d'un crédit photo pour la pochette du  disque "Straight Ahead" (Contemporary S-7635) des très renommés Poll Winners (Barney Kessel, Ray Brown et Shelly Manne),  enregistrés par  son mari Lester Koenig  le 12 juillet 1975.





(1) Pour Leroy Vinegar et/ou Frank Butler, Harold Land ("Harold in the Land of Jazz") , Phineas Newborn ("The Newborn Touch"), Hampton Hawes ("For Real"), Art Pepper ("Smack Up" et "Intensity") Curtis Counce ("You Get More Bounce with Curtis Counce", "Landslide", "Carl's Blues"), Teddy Edwards, ("Teddy's Ready", "Good Gravy",)  Sonny Rollins ("Sonny and the Contemporary Leaders"), Shelly Manne ( "My Fair Lady") etc...






lundi 2 février 2015

Deux chanteuses oubliées, et qui ne méritent pas de l'être.

Après l'indispensable Petit Dictionnaire Incomplet des Incompris  d'Alain Gerber, il faudra aussi un jour écrire celui des Oublié(e)s. Ce sont du reste parfois les mêmes. Ils ou elles ont joué, chanté à la faveur d'une réputation éphémère ou confidentielle, et puis s'en sont allé(es), disparaissant de la mémoire et  de la grande histoire.



Le catalogue de l'éditeur Fresh Sound recèle à cet égard de nombreux incroyables trésors retrouvés à la faveur d'opportunes et souvent improbables rééditions.

Curieusement, mais en fait non si l'on considère leur statut resté longtemps subsidiaire, pour ne pas dire  simplement récréatif ou pire encore décoratif, au sein des orchestres de jazz, à l'exception des  Ella, Billie, ou Sarah devenues divas à leur manière, il s'agit souvent de chanteuses.

Lucy Ann Polk et Joy Bryan en sont le parfait exemple. (Il faudra aussi parler un jour de Dolores Gray, Carol Sloane, Linda Lawson, Jeri Southern, Joannie Sommers, Beverly Kenney, Lorez Alexandria, Teri Thornton, Carline Rey et tant d'autres.) Les  discographies de Lucy Ann Polk et de Joy Bryan  ont en commun de ne comporter que deux enregistrements répertoriés et réédités en CD, ainsi que sur deux d'entre eux le fait  de bénéficier d'arrangements de Marty Paich. La présence du nom de ce dernier sur une pochette vaut toujours à elle seule garantie d'excellence.

En ce qui concerne Lucy Ann Polk, la notice Wikipedia est des plus succinctes, et il en faudra plus pour donner à sa biographie l'épaisseur de celle consacrée par Ellen Johnson à  Sheila Jordan,  à la carrière et à la notoriété sans commune mesure il est vrai.




Une première session, enregistrée à Hollywood en juillet 1953 nous la fait entendre sur de célèbres compositions de Burke & Van Heusen, au sein du Dave Pell Octet, accompagnée par Don Fagerquist (tp),  Dave Pell (ts) et Claude Williamson au piano, sur des arrangements de Shorty Rogers, autant dire ce qui se faisait de mieux à l'époque parmi les West Coasters.



"Swingin on a star", "Polka dots and moonbeams", "It could happen to you", sur toutes les plages la musique coule, limpide et heureuse.  L'exactitude dans la nonchalance, rien ne saurait mieux caractériser ce jazz californien des années cinquante. On ne peut que repenser en l' écoutant à ce qu'en disait il y a quelques années  Jacques Réda:

La West Coast... Qui s'y aventure s'y repose,
parmi des ombres et des clartés qu'un vent frais balance dans la tiédeur,
dans un espace clos où l'on voit miroiter au loin, par des trouées, la mer.

It could Happen to You:



But Beautiful:

Swingin' on a star:

La seconde session fut  enregistrée quatre ans plus tard, toujours à Hollywood, le 12 juillet 1957, publiée sur le label Mode sous le titre  "Lucky Lucy Ann". Lucy Ann Polk  avait alors trente ans. Comme souvent, Marty Paich y officie à la fois comme pianiste et comme arrangeur. On lui doit en particulier ce jubilatoire "Don Cha Way Go Mad", composé par Illinois Jacquet et Jimmy Mundy, sur des paroles d'Al Stillman,  et popularisé dans les versions de  Mel Tormé, Ella Fitzgerald et Frank Sinatra. On ne manquera pas en passant d'apprécier le délicieux "rendezvous" de Lucy Ann  dans:

"I must confess what you say is true
I had a rendezvous with somebody new
That's the only one I ever had
Baby, baby, don'cha go away mad"



How about You:

Just  A-Sittin  and  A-Rockin:



On prêtera de plus attention sur ces plages à la pulsation toute en souplesse et fluidité  entretenue par le tandem basse batterie Buddy Clark /  Mel Lewis. Le saxophone ténor mériterait à lui tout seul de figurer au répertoire des inconnus illustres, puisqu'il s'agit de Bob Hardaway, multi instrumentiste très actif dans le cadre des enregistrements de musiques de films pour les studios hollywoodiens. On peut trouver encore en édition japonaise un des rares disques,  probablement  le seul, enregistré sous son nom, en quartet avec Marty Paich et Larry Bunker, pour  le label Bethlehem (Bethlehem BCP 1026) alors même  qu'il avait  participé a de très nombreuses sessions en Big Band (avec Woody Herman et Stan Kenton notamment).



Pour la petite histoire Bob Hardaway est le fils de J.B. "Bugs" Hardaway, créateur du personnage de Bugs Bunny,  ainsi que plus tard celui de Woody WoodPecker pour les studios  de Walter Lantz.




A suivre Joy Bryan...

mardi 15 janvier 2013

Julian Priester, encore...

Je trouve à l'instant sur Youtube :-) une vidéo miraculeusement préservée  de l'éphémère formation des Jazz Messengers en 1968 avec Julian Priester,  dont je vous montrais hier une photo prise à la salle Pleyel lors du Paris jazz Festival.  Il s'agit de toute évidence d'un concert enregistré lors de la même tournée  au Festival de Jazz de Copenhague. Le premier thème joué est "Slide number one", une composition de Slide Hampton, dans le plus pur style "Jazz Messengers".

On y voit et entend Julian Priester en gros plan prendre le premier chorus. Suit, après une facétieuse présentation du groupe par Art Blakey particulièrement en verve ce jour là  ("the baby of our group, ladies and gentleman the youngest drummer in modern jazz today, Mrs Blakey's one and only son, Art Blakey, me!") un émouvant Blue Moon, exposé et développé par Bill Hardman avec  tout le lyrisme d'un Clifford Brown .

Au même programme qu'à Paris, on retrouve aussi Max Roach en solo, l'extraordinaire  trio d'Elvin Jones avec Jimmy Garrisson et Joe Farrell, et en apothéose, une incroyable "drum battle" alignant Art Blakey, Elvin Jones et...Sunny Murray le batteur d'Albert Ayler ! C'est réellement fantastique de pouvoir revoir tout ça... quarante quatre ans après ! Un très très grand moment de jazz.



En fouinant encore un peu sur Google, je trouve également sur jazztimes.com un article de Bill Milkofsky intitulé Art Blakey and the Jazz Messengers Live at Slug's N.Y.C.

Il s'agit là encore d'une prestation enregistrée au mois d'août 1968, par cette même formation au Slug's,  haut-lieu de l'avant-garde à cette époque à New York.

Le disque est encore aisément trouvable  pour un prix plus que modique sur amazon.fr

Pour venir en aide à Julian Priester...



J'ai eu l'occasion de prendre cette photo des Jazz Messengers d'Art Blakey, en 1968 à la Salle Pleyel, lors du Paris Jazz Festival. De gauche à droite on y distingue Billy Harper au sax ténor, le maître Art Blakey propulsant son monde, le bassiste Lawrence Evans, ainsi que le hard-boppissime Bill Hardman à la trompette, improvisant sous le regard attentif du tromboniste Julian Priester. (Le pianiste devait être Ronnie Matthews). Il me fut donné d'écouter à nouveau Julian Priester aux côtés de Herbie Hancock (piano acoustique et Fender Rhodes), à Nice,  le 21 juillet 1971, avec Bennie Maupin, Eddie Henderson, Buster Williams et Billy Hart.

Il se trouve aussi qu'un de mes disques favoris est le trop peu connu "Keep Swinging" (Riverside 1163) dont le personnel fait aujourd'hui rêver (Jimmy Heath, Sam Jones, Tommy Flanagan, Elvin Jones !)


Julian Priester est donc, on l'aura compris,  un des ces "musiciens pour musiciens", éminemment reconnu et respecté par ses pairs, ainsi que, j'ose l'espérer,  par de très nombreux amateurs de jazz. 

Le trombone, fantastique (et difficile) instrument,  ne connaît guère de "stars" il faut bien l'admettre. Le moins inconnu serait, (et encore), Jay Jay Johnson, ou Curtis Fuller à la rigueur, mais qui se soucie vraiment aujourd'hui d'un Slide Hampton, ou d'un Jimmy Cleveland, sans même parler de Melba Liston qui, en plus de jouer d'un instrument ingrat pour plus d'une oreille non avertie, présente l'inconvénient d'être une femme.

Julian Priester, âgé aujourd'hui de 77 ans, souffre de problèmes rénaux qui nécessiteraient une transplantation. De plus, il doit faire face une situation financière des plus critiques, sa maison et la plupart de ses biens ayant déjà  fait l'objet d'une saisie, avec le risque d'une vente aux enchères en cas de non-paiement des dettes accumulées.

Une campagne de"fund raising" a été lancée tout spécialement à cette occasion. On la trouve ici. J'en avais été averti sur Facebook par un post du photographe Juan Carlos Hernandez qui vient d'annoncer par la même occasion qu'il reverserait à Julian Priester jusqu'au 25 janvier les bénéfices tirés de la vente de ses photos. Voici le texte de cette annonce:

From now to the 25th of January, I will offer the benefits to a jazz musician, Julien Priester, who needs solidarity from all of us, for each print you order me. I deliver worlwide and safely.

Vous en saurez plus sur  blog de Guillaume Lagrée, ami du photographe, qui vous offre en prime une merveilleuse version filmée de "Sleeping Giant" par le "Mwandishi Sextet" de Herbie Hancock en 1972. On y voit et entend bien sûr Julian Priester.

L'objectif initial était de 10000 $. J'ai pu moi même constater qu'il avait été atteint en quelques jours, ce qui est tout à fait remarquable. 


Encore un effort donc pour atteindre le nouvel objectif (ce ne sera pas de trop), et merci à tous les nouveaux donateurs.