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lundi 25 avril 2016

La fille sur l'internet. Traduction française d'un article de Thomas Cuniffe sur Camille Bertault.


A l'occasion de  la diffusion par Alex Dutilh le mercredi 27 avril sur France Musique d'un épisode de l'émission  Open Jazz consacré au premier disque de la chanteuse Camille Bertault, dont le CqJ s'était fait l'écho enthousiaste dans ses dernières chroniques, on trouvera ici la traduction française d'un article  élogieux et documenté, signé par Thomas Cuniffe et publié sur son site jazzhistoryonline.com

The girl on the internet
Il y a de de grandes réussites qui  tiennent parfois à peu de choses. Un jour, courant  2015, la chanteuse de jazz française Camille Bertault échoua à son examen du conservatoire.  Pour se remonter le moral elle écrivit des paroles sur l’une des compositions les plus connues de John Coltrane. Celles-ci parlaient du « pas de géant » que constituait le fait de réaliser qu’il valait mieux accorder plus d’importance à ses propres attentes qu’à celles des autres. 

Après avoir  installé une caméra video, elle s’enregistra sur  la version originale de Coltrane pour ensuite télécharger sa performance  sur Facebook à l’intention de ses amis. La vidéo apparut sur « Jam of the week » et devint virale en quelques jours. Les non francophones n’eurent pas accès  au sens des paroles de Camille Bertault, mais tous ceux qui la visionnèrent de par le monde furent impressionnés par la déconcertante précision avec laquelle elle reproduisait en scat le solo de Coltrane, sur un tempo particulièrement rapide.



Tout au long de l’année dernière, Camille Bertault est devenue un phénomène de l’internet. Elle a mis en ligne une douzaine de videos pour ses pages YouTube et Facebook, lesquelles ont pratiquement 
toutes  suscité des milliers de vues. 

Camille Bertault sait donner a chacune de ses vidéos une touche visuelle originale en les enregistrant en différents lieux, portant des tenues variées. Sur un de ses clips, Camille Bertault dispose la caméra en contre plongée et chante le solo torride (blistering, NdT) de Brad Mehldau sur Anthropology, vêtue s’un sweater vert à col roulé, de bretelles rouges, d’un chapeau ajusté serré avec des lunettes de soleil. 


Sur un autre solo de Mehldau elle est assise par terre, vêtue d’un haut  noir sans manches, tenant un chat serré dans ses bras. 



Le chat apparait aussi dans une autre vidéo ou Camille Bertault, étendue sur son lit chante un solo du trompettiste Eric Le Lann, mais le félin quitte le champ rapidement.  Apparemment son chat n’est pas un amateur de trompette. 




Son doublage vocal du  Frevo Novo » d’Hermeto Pascoal est d'une grande fraîcheur. Elle y monologue à l'intention  de son auditeur, s’amusant à rouler des yeux de façon très comique, effet encore accentué par ses lunettes papillon.


Les vidéos de Camille Bertault ne sont pas toutes des transcriptions. Elle a créé une étonnante version solo du « Freedom Jazz Dance » d’Eddie Harris en utilisant  une pédale loop. 



Elle a par ailleurs exécuté une série de duos avec la chanteuse de jazz suédoise Sofie Sörman (dont une remarquable version du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel) 



et donné une suite à sa transcription du solo de Cory Henry sur sa video du « Lingus » de Snarky Puppy sous la forme d’une version live du « Crazy in Love » de Beyoncé, avec Henry en personne aux claviers. Cette dernière vidéo a été enregistrée au Duc des Lombards, un club de jazz parisien tout proche de l’appartement de Camille Bertault. Henry avait reconnu Camille dans l’assistance et l’avait invitée à le rejoindre sur scène. Elle aurait dit-elle  écrit les paroles en français en cinq minutes.



L’essentiel des divers talents dont fait montre Camille Bertault dans ses videos sont le résultat  d’années d’entraînement intensif. Elle est née il y a 29 ans à Paris. Son père, Paul, est ingénieur du son et pianiste amateur et fut au début à l’origine de l’intérêt de Camille pour le jazz et le piano (le père et la fille ont récemment collaboré à une charmante version video du « You ‘ ve Changed » de Billie Holiday). 


Elle débuta ses études théoriques au Conservatoire de Paris à l’âge de huit ans. La famille déménagea dans le sud de la France alors qu’elle avait 13 ans , ce qui la fit s’inscrire au Conservatoire de Nice. Pendant sa scolarité elle étudia la piano, la composition et l’opéra, mais elle décida que la musique classique était un cadre trop restrictif pour son style. Elle étudia le théâtre et écrivit deux pièces avant de s’essayer à chanter du jazz à l’âge de 25 ans.

Pendant qu’elle étudiait avec les vocalistes Sara Lazarus et Pierre Bertrand, l’essentiel de ses influences vint des instrumentistes, un fait qui s’impose à l’évidence en écoutant les enregistrements de Camille Bertault. Une demo datant de 2013 (avec son père au piano) comporte cinq pistes, dont toutes sauf une sont basées sur des enregistrements classiques d’instrumentistes. 

Sur ce court programme les paroles en français font forte impression et ses solos en scat démontrent qu’elle avait déjà développé son propre style. Lorsque elle enregistra son plus récent CD « En Vie »,  son art avait déjà progressé  à un niveau étonnant.



Paradoxalement, « En Vie », qui vient d’être récemment publié sur le label « Naïve » en Europe et « Sunnyside » aux USA fut enregistré juste avant que Camille Bertault n’ait commencé à créer ses vidéos sur Internet. Elle avait  trouvé une première audience en France en faisant appel au financement participatif  pour la production de son album. 

Quand les vidéos de Camille lui valurent son succès dans le monde entier, le producteur vétéran Mat Pierson se proposa de sortir le disque, ou l’on entend la superbe section rythmique composée de Olivier Hutman au piano, Gildas Boclé à la contrebasse et de Antoine Paganotti à la batterie. La très forte affinité de Camille Betault pour le classicisme du jazz Blue Note se fait sentir dans les trois premières plages du CD. 

Le titre d’introduction « Quoi de plus anodin » est son adaptation de du « Empty Pockets » de Herbie Hancock, qui fut le premier titre enregistré par ce dernier, en l’occurrence dans « Takin’ Off », son premier album pour Blue Note. 



Le troisième morceau qui s’ouvre par un envoûtant dialogue en liberté entre Camille et Gildas Boclé est le « Infant Eyes » de Wayne Shorter, l’un des thèmes tout à fait remarquables de «  Speak no Evil » . 


Mais sa profonde immersion dans le  style classique Blue Note se confirme pleinement entre ces deux titres avec une composition originale intitulée « Course » dans laquelle sa voix se trouve triplée en re recording, sur un arrangement qui fait penser aux Jazz Messengers d’Art Blakey, et particulièrement aux unissons trompette, saxophone trombone de Freddie Hubbard, Wayne Shorter et Curtis Fuller. 


On retrouve l’enregistrement multi-pistes  sur le morceau « A l’Amer tume », avec  l’utilisation de voicings  significativement différents pour cet arrangement. 

« The Peacocks », la composition de Jimmy Rowles subit une complète transformation, avec un traitement en deux temps, faisant d’abord entendre les nouvelles paroles en français chantées dans le tempo original d’une ballade. L’improvisation s’envole ensuite, flottant  sur un rythme animé en 5/4. 



Son solo sur l’original « Tatie Cardie » se présente comme une folle équipée  ou Camille tout en bourdonnant  des lèvres sur un tempo indéfini, improvise des traits rapides comme l’éclair, emplis d’intervalles étonnants et inattendus. 

Le « Prelude to a Kiss » de Duke Ellington expose un autre versant de ses  prouesses d'improvisation, alors que son solo rappelle les vocaux imitant la trompette de Bobby Mc Ferrin sur la bande son du film de Bertrand Tavernier, « Round about Midnight »

Malheureusement le livret de Sunnyside contient seulement les paroles en français de Camille Bertaut, sans leur traduction. Elle a malgré tout donné  une description de ses textes à Bret Sverjin, de Sunnyside, et dont voici quelques extraits:

« Quoi de plus anodin » … est l’histoire d’un pickpocket. C’est le reflet de sa dure vie, avec un sentiment de blues à la fois léger et empathique. Le haletant « Course » évoque la vie au rythme frénétique de la cité. 

Les paroles de Camille Bertault sur « Infant Eyes » évoquent la pureté et la magie aperçues dans la lueur d’un oeil d’enfant. Inspirée d’une citation de Jacques Brel, le titre « En Vie » est un jeu de mots sur vivant et envie, aussi vivante que peut l’être le morceau même. 

« The Peacocks » de Jimmy Rowles connait une deuxième vie sous le titre « Cette nuit » où Camille Bertault imagine un rêve au sujet de paons, dans une ambiance étrange incorporant les couleurs  du plumage. 

Un autre jeu de mots se retrouve dans le titre « A l’Amer Tume » ou l’on peut entendre la mer aussi bien que l’amertume, avec des allusions  tant aux vagues  qu’au fait de se noyer dans la morosité. Le « Double Face » fait écho à l’aspect Janus de tout un chacun,  l’effervescence de la voix sans le recours aux mots venant soutenir de bout en bout une performance pleine de vie. 



Le récit de « Tatie Cardie » parle d’une vieille dame prenant le thé et soudain surprise par une explosion faisant trembler le sol et  et accélérant son rythme cardiaque. Le thème est magnifiquement renforcé par une exécution toute en rapidité de la formation ainsi que par son puissant lyrisme. La charmante interprétation de «  Prelude to a kiss » de Duke Ellington avec ses paroles originales exprime les sensations éprouvées juste avant un baiser. «  Satiesque » est écrit avec  à l’esprit le compositeur impressionniste Eric Satie ainsi que  son  influence.

Dans la mesure ou « En Vie » a été enregistré avant les videos de Camille, il sera particulièrement intéressant d’écouter son prochain CD. Je présume qu’elle  y incluera encore plus de références à un jazz contemporain, en plus de son fort enracinement  dans le style Blue Note. 



Il semble ces derniers temps que chaque album important fasse appel aux contributions extérieures d’artistes invités, mais dans le cas de Camille Bertaut, ce ne pourrait être qu’un avantage: alors  que « En Vie » prouve qu’elle est capable de soutenir seule un album entier de son cru, il serait instructif de l’entendre improviser en compagnie de quelques uns des jazzmen les plus avancés de l’époque. Elle a déjà trouvé une alchimie musicale avec Cory Henry, et je suis certain que d’autres musiciens de sa génération ne demanderaient pas mieux que de collaborer avec elle. 

En partageant sur internet son évolution à destination d’une audience globale, Camille Bertault a rendu évident le fait qu’elle possédait un talent phénoménal. 

Sans doute avait-elle échoué à son examen, mais il semble qu’elle soit désormais prête pour réussir ses études supérieures sur la scène mondiale.

L'album de Camille Bertault est annoncé sur Amazon comme disponible à partir du 29 avril.

Il est  disponible en version CD ou téléchargeable sur le site de Sunnyside, ainsi que sur Itunes.

dimanche 1 février 2015

Art Blakey's Jazz Messengers at Ronnie Scott's

Cette video, parle d'elle même... Tout commentaire est superflu.

vendredi 13 septembre 2013

Heureux qui comme Ulysses...



Il s'appelle Ulysses Owens Jr...  Je l'avais entendu pour la première fois dans "Listen to the Heroes Cry" extrait de l'album"People Music" de Christian McBride  qu'avait présenté Alex Dutilh dans son émission Open jazz à l'occasion de sa sortie en avril dernier. En cherchant le soir même sur Youtube, j'avais découvert une vidéo du jeune batteur: son jeu de balais et de cymbales sur un Cherokee pris à un tempo d'enfer y est proprement éblouissant. Quant à sa gestuelle, elle possède la souplesse et l'élégance de celle des  plus grands maîtres de l'instrument, je pense à Philly Joe Jones.


Voici la vidéo ( le lien ouvrira  une nouvelle fenêtre youtube) :


(Ndr: Il en  existe une autre version, enregistrée en 2009 au festival de Bratislava, que l'on trouve reprise sur le site du batteur mais avec une qualité de son et d'image nettement inférieure:



Quoi qu'il en soit c'est du très grand art. Je me suis immédiatement procuré le disque où l'on retrouve la  version enregistrée en studio, et tout aussi explosive, de ce Cherokee d'anthologie. 

Ulysses Owen Jr est pour le moment  le batteur attitré de Christian Mc Bride avec lequel il a enregistré plusieurs disques, tous excellents, et que je me suis également empressé d'acquérir par fidélité rétrograde au support physique.

On pourra aussi admirer le style de Ulysses Owen Jr, tout en  puissance et en finesse, sur ces superbes images enregistrées avec Kurt Elling en 2011 à la Jazzwoche de Burghausen.




D'autres vidéos et l'annonce de son nouveau disque, "U.O. Project, It's Time for You" sur le site de Ulysses Owen Jr.



mardi 15 janvier 2013

Il s'appelait Pete La Roca


La vie est comme une bulle sur l'eau. Bien triste début d'année avec le départ de Claude Nobs (Directeur du Montreux Jazz Festival) et celui de Georges Gruntz. J'ai surtout connu Georges Gruntz pour l'avoir écouté au sein de l'European Rythm Machine de Phil Woods. Ça se passait en 1968, au Caméléon, célèbre club aujourd'hui disparu [MaJ juin 2016  non, il existe toujours !],  et Claude Nougaro était venu ce soir là en auditeur attentif.



Je m'étais promis de consacrer un post au batteur Pete La Roca, décédé quant à lui le 19 novembre 2012. On ne peut pas dire une fois encore que la nouvelle ait ému grand monde. Il faut dire qu'il s'était volontairement retiré du jazz business, après des débuts remarqués en compagnie de Sonny Rollins (l'historique enregistrement du Village Vanguard), et de John Coltrane dont il fut le batteur, avant même Elvin Jones qui le remplaça un peu  plus tard. Il se retira alors de la profession, quelque peu désabusé par la mauvaise tournure qu'avait selon lui pris le jazz au beat devenu mécanique et dépourvu de swing, cette respiration quintessentielle en laquelle seulement il acceptait de voir l'âme même, la fondamentale et authentique liberté de de cette musique.

Or, il se trouve qu'un très bel hommage lui a déjà été rendu sur le blog du photographe Juan Carlos Hernandez, dont je reçois régulièrement les contributions sur Facebook, et que je tiens à féliciter, si d'aventure il lisait le Coeur qui jazze, pour la superbe qualité de son travail. Sa photographie de Pete La Roca au Duc des Lombards est tout simplement magnifique, ainsi que le très émouvant hommage a son ami Pete auquel je ne vois rien à ajouter.

Licence Creative Commons
Les oeuvres de Juan Carlos Hernandez sont mises à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 non transposé.



Vous la retrouverez sur son blog juancarloshernandezjazzphotographer.blogspot.fr ainsi que de nombreuses vidéos  et autres extraits sonores tel  ce "Basra", tiré de l'album eponyme enregistré chez blue Note, en compagnie de Joe Henderson, Steve Kuhn, et Steve Swallow.


mardi 26 juillet 2011

Deux livres de batterie (avec plein d'images)

 Que voulez-vous, c'est comme çà, certains se passionnent pour les coureurs et les vélos, moi c'est pour les batteurs et leur batteries. Au point de m'être précipité  sur deux ouvrages découverts  sur Internet et respectivement consacrés à l'histoire des batteries Gretsch, dont le titre "Gretsch Drums: The Legacy of "That Great Gretsch Sound"" reprend le fameux slogan de la marque, ainsi que  "Star Sets: Drum Kits of the Great Drummers" consacré  aux instruments utilisés par les  batteurs, que ce soit dans le domaine du jazz, ou celui du du pop-rock.


On y confirme en particulier,  je le savais déjà , que Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones, est d'abord un batteur de jazz frustré, au point même d'avoir comme Art Blakey, Elvin  et Philly Joe Jones, toujours choisi de jouer sur une batterie Gretsch. Ringo Starr, Le batteur des Beatles quand à lui trouve bizarrement les Gretsch trop rapides et semble assez fier de sa   Ludwig "Black Oyster".


Jusqu'à la fin des années soixante, aux Etats-Unis, berceau du jazz et du rock, l'industrie de la batterie était dominée par une poignée de  grandes compagnies  dont Gretsch, Ludwig, Rogers, Slingerland, avant que le Japon ne vienne remettre en question la suprématie américaine, avec des marques comme Tama, ou Yamaha.


Le fameux logo associé à "That great Gretsch sound"

Avec  l'histoire de la compagnie Gretsch, c'est toute l'évolution stylistique du jazz sur plusieurs décennies qui se trouve retracée, ainsi que l'apport des évolutions techniques sur le jeu des batteurs. Les photographie des kits de batterie dans les années 1920-1930, montrent d'invraisemblables assemblages de grosses caisses disproportionnées, de minuscules toms "chinois", accrochés on ne sait trop comment, de petites cymbales et de toute une quincaillerie de gongs, cow bells et autres bidules sonores. On y inventera la double cymbale activée au pied, dite high-hat, ainsi que des pédales et des systèmes de tension de la peau sur les fûts de plus en plus performants. Le matériau de base est le bois sous forme de feuilles collées, sur plusieurs "plis", sous le placage de finition. La batterie des grands orchestres de la période swing, avec Chick Webb ou Sonny Greer chez Duke Ellington ne dépareraient pas au sein des percussions de Strasbourg, avec wood-blocks et timbales symphoniques.


Art Blakey et sa légendaire Gretsch

Avec l'explosion du Be-Bop, et les innovations révolutionnaires d'un Kenny Clarke, en particulier l'abandon progressif des quatre noires égales marquant le temps à la grosse caisse au profit d' une ponctuation plus discontinue, la pulsation de base étant transférée sur la cymbale, Gretsch innove en proposant des modèles, dont le fameux kit "Broadkaster Progressive Jazz", avec des grosses caisses à la taille réduites de 20" à 18", un tom medium et un tom basse, qui deviendront l'archétype de la batterie de jazz, massivement adopté par les stars du genre dans les années cinquante (Art Blakey, Max Roach, Philly Joe Jones, Elvin Jones, Charlie Persip etc...) et qui deviendront pour la marque autant de précieux"endorsers" (1).


C'en est au point qu'une nuit spéciale sera organisée au Birdland pour mettre en valeur les exploits des plus célèbres rythmiciens de l'époque, et leurs batteries Gretsch, dont un modèle spécial, la"Cadillac Green Nitron",  sera même conçu à cette occasion. Avec leurs finitions plaquées or,  les rares modèles restants figurent parmi les batteries "vintage" les plus recherchées aujourd'hui. (Et oui, il y a aussi  des collectionneurs de batteries !).




Il reste de ces torrides soirées, qui attiraient un public nombreux, un double disque intitulé "Gretsch night at Birdland". Après un exposé de standards du be-bop comme "Now is the time", de courts choruses des souffleurs deviennent vite le prétexte à de très longs échanges entre batteurs. (à ne surtout pas manquer dans ce disque  le formidable jeu de balais d'Elvin Jones sur le solo de Tommy Flanagan !)


Le disque est passionnant par les comparaisons qu'il permet entre des motifs, des couleurs et des dynamiques aisément différentiables lors d'une écoute attentive. On pourra approfondir cet exercice avec une autre rencontre au sommet, celles qui rassembla pour Atlantic les deux batteurs mythiques du jazz moderne, Elvin Jones et Philly Joe Jones. On y entend de longs développements, chacun des deux batteurs s'accompagnant l'un l'autre, à la tête d'une excellente formation rassemblant Hank Mobley, Curtis Fuller et Wynton Kelly. `


(1) Endorser. De "endorsement", soutien, approbation. Ainsi appelait-on les instrumentistes qui conféraient  à telle ou telle marque le droit d'utiliser leur nom ou leur image à des fins promotionnelles et publicitaires. "Untel joue sur...". Sans faire l'objet d'une rémunération particulière, en tout cas pour ce qui concernait les batteries Gretsch, la firme récompensait ses soutiens en nature, en leur fournissant gratuitement sur une base annuelle, kits complets et jeux de cymbales. (Gretsch c'était aussi les réputées cymbales K.Zildjian). Il paraissait dans la presse spécialisée , Downbeat essentiellement, de nombreuses publicités dont on peut encore aujourd'hui trouver les originaux sur internet pour quelques dollars. Certaines, par exemple de la série "Perfectly Matched" pour Ludwig sont restées fameuses.


Et pour Gretsch aussi bien sûr ,"The perfect Match" avec les artistes maison:


Ou bien Gretsch makes it, Art Blakey plays it !


sans oublier  la série "Best beat of a lifetime"




Petit bonus supplémentaire, vous pouvez aller  sur le site de la firme, www.gretschdrums.com et y  feuilleter en ligne le catalogue Gretsch de l'année 1958, grand millésime s'il en est . 

dimanche 24 juillet 2011

La caisse claire de Philly Joe Jones

"Et là, un jour j'ai vu Philly Joe Jones. Arrivé le dernier, j'ai dû en quelque sorte m'asseoir sur ses genoux, mais il ne s'est aperçu de rien. Il a continué de battre son aire, dans un poudroiement d'opaline, environné de tumulte. Il suffisait qu'il baissât les yeux sur ses caisses pour que leurs peaux se missent à trembler. L'air surchauffé vibrait à l'unisson. Les murs ondulaient en cadence. Le sol se mettait à tanguer. L'été sonnait sa cloche à toute volée. On se tenait à son chapeau pour ne pas perdre l'équilibre."

Ce beau texte d'Alain Gerber à propos  de Philly Joe Jones au "Chat qui pêche" à la toute fin des années soixante, est extrait de ses "Balades en Jazz". Il se trouve que j'eus mois aussi  à cette époque l'occasion de vivre  semblable expérience , à l'écoute rapprochée de la batterie de "Philly Joe" Jones, l'un des plus prodigieux batteurs de toute l'histoire du jazz.


         Philly Joe Jones par  F.Wolff

Cela  se passait au Musée d'Art moderne, lors d'une série de concerts organisés l'après-midi par Daniel Humair. La rumeur avait couru que "Philly Joe" Jones y participerait. Il accompagnait alors le clarinettiste Tony Scott. La  foule des grands jours se pressait à l'ouverture de la salle prêtée par le Musée, à peine assez grande pour accueillir tout ce monde. Il n'y avait bientôt  plus aucune  place et je me retrouvais, je ne sais comment, assis par terre, à quelques centimètres de la caisse claire de Philly Joe.

Le set débuta avec un peu de retard, et ce fut tout à coup venu de la batterie comme un soudain  orage de caisses percutées et d'éclairs de cymbales. Les coups pleuvaient, assénés de haut, d'une précision extrême, à la fois rapides et comme au ralenti. Encore aujourd'hui, je ressens encore comme si c'était hier, l'incroyable impression physique procurée en direct par le jeu de Philly Joe Jones, dans toute sa dynamique et l'intensité de sa  projection acoustique.

Malgré l'inévitable filtre de  l'enregistrement , les disques parviennent à en donner une idée plus ou moins approchante, à commencer par mon favori, l'indispensable "Workin" du quintet historique de Miles Davis, avec Coltrane. On l'y entend introduire  à sa manière explosive, "Half Nelson", triomphant emblème be-bop, sur les harmonies du "Lady Bird" de Tadd Dameron. Dans "Trane's blues" la prise de son de Rudy Van Gelder restitue à la perfection  dans toute sa brillance et sa richesse spectrale l'attaque de la grande cymbale ride de  Philly Joe Jones  quand il y entretenait l'imperturbable et sublime pulsation dont  il avait le secret en tempo medium.



La plage en trio, "Ahmad's blues", après un l'exposé du thème  introduit sur un shuffle de "high hat" mi ouverte, donne lieu à une série de formidables échanges piano/batterie en quatre-quatre, tant aux baguettes que pour finir aux balais, dans l'usage desquels  Philly Joe démontre sa  maîtrise inégalée.

Tout aussi recommandable pour ressentir tout l'impact et l'intensité du drumming de PJJ, on retrouve cette section rythmique, celle là même de Miles  Davis, en accompagnement du saxophoniste californien Art Pepper, dans l'un de ses meilleurs disques. Il s'intitule d'ailleurs comme il se doit  "Art Pepper meets the Rhythm Section". Impossible de choisir entre aucune des plages en particulier , elles sont toutes au plus haut niveau, de "You'd be so nice to come home to", à "Star Eyes", en passant par un magnifique "Tin tin Deo".




Il ne faudrait pas oublier qu'en dehors de son rôle de sideman l'un des plus sollicités sur la scène New-yorkaise des années 50-60, avec plus de deux cent disques à son actif, Philly Joe Jones a été également en tant que leader l'artisan de superbes  albums, dont un de mes préférés, Showcase, avec en photographie sur la couverture, Philly Joe en personne derrière sa fameuse batterie Gretsch, la marque fétiche des plus grands batteurs de l'époque, d'Art Blakey à Elvin Jones, en passant un peu plus tard par  Tony Williams.


Philly Joe Jones est aussi connu pour l'admiration qu'il portait à Tadd Dameron, dont j'ai déjà évoqué la figure  dans ce blog. Il y consacra deux fort beaux disques, avec une formation intitulée "Dameronia", longtemps introuvables, et fort heureusement réédités récemment sous le label Uptown.




jeudi 23 juin 2011

Trois disques (presque) récents de Louis Hayes

C'est formidable Internet, parmi un million de choses, on peut sur Youtube  tomber sur une archive vidéo montrant le quintet de Louis Hayes à la tête de son "Cannonball Adderley Legacy Band"



Le trompettiste est Jeremy Pelt, le saxophoniste, Vincent Herring, et comme on dit chez les musiciens de jazz, ça joue !  Ca mérite en tout cas qu'on y aille voir de plus près. Un petit tour sur Google suffit pour retrouver la référence de quelques disques relativement récents de Louis Hayes, sur Amazon (1),  pour les commander et  les trouver dans la boite aux lettres quelques jours plus tard.

Petit rappel sur Louis Hayes pour commencer. La batterie hardbop avait  sa Sainte Trinité, en la personne de Max Roach,  d'Art Blakey et  Philly Joe Jones.  Roy Haynes et Elvin Jones, si irréductiblement modernes et atypiques, gardent une place à part.

Louis Hayes, dont j'ai toujours adoré le jeu, en particulier dans le disque "The Cats", de Tommy Flanagan, avec Coltrane, Idress Sulieman et Kenny Burrell, ainsi que dans "Senor Blues" ou "The Backbeat" d'Horace Silver, vient  à mon avis aussitôt  après comme l'un des plus éminents représentants d'un style fondé au départ par Kenny Clarke.

Natif de Detroit, comme Kenny Burrell, Tommy Flanagan, Barry Harris et Doug Watkins, son palmarès est des plus impressionnants  et on trouve son nom associé à de très nombreuses sessions enregistrées à l'apogée de ce style dit hardbop, aux côtés  notamment de John Coltrane (The  Believer) . Mais il devra surtout sa célébrité  au fait d'avoir été le batteur des formations d' Horace Silver et de Cannonball Adderley. Il jouera  ensuite en trio aux côtés de Sam Jones avec Oscar Peterson.

J'ai eu l'occasion de l'entendre il y a a quelques années au Hot Brass d'Aix en Provence en compagnie de George Robert et de Tom Harrell. Son jeu est puissant, équilibré, avec comme chez tous les grands batteurs une assise ferme et un contrôle parfait du geste. Les coups de caisse claire, comme chez Philly Joe Jones sont assénés baguettes relevées haut dans  un mouvement  d'une grande amplitude, les poignets bougeant à peine. La grosse caisse relance et ponctue avec autorité, pendant  que la  pulsation entretenue aux cymbales, à la régularité imperturbable, offre au soliste un véritable tapis volant.

"Dreamin of Cannonball" a été enregistré en 2001, à l'époque où Louis Hayes constituait avec le saxophoniste Vincent Herring et le trompettiste Jeremy Pelt une formation appelée Cannonball Legacy Band, en hommage bien sûr au célèbre quintette des deux frères Adderley, dont Hayes fut longtemps le pilier rythmique. On y entend le fameux Work Song (repris par Claude Nougaro sous le nom de "Sing-sing"), ainsi que plusieurs thémes emblématiques du quintet ("The Chant", "Jive Samba", "Scotch and Water", "Del Sasser", "The  Chant"). La musique comme on pouvait s'y attendre est d'une belle énergie, Louis Hayes comme Art Blakey avec ses Jazz Messengers,  prend un plaisir manifeste à propulser  deux brillants solistes de la jeune génération


De la même année 2001, "The Candy Man" offre une semblable dynamique, avec une autre formation  composée d'Abraham Burton au saxophone ténor, Riley Mullin à la trompette, Dave Hazeltine au piano, Santi De Briano à la contrebasse. Après un  brillant "Pentagon" composé par Hazeltine, la reprise de "Pyramid" constitue un hommage du leader à son autre illustre employeur, Horace Silver, qui avait composé ce théme pour son disque "Further explorations". Comme d'autres compositions de Silver, le thème est absolument superbe dans sa construction, et comporte un petit motif envoûtant qu'on  ne peux s'empêcher de conserver en mémoire ou de réécouter en boucle. "Safari" constitue sur un tempo enlevé, un autre hommage à Horace Silver, dont on trouvera une version dans le  même "Further explorations". Mais le sommet du disque est sans doute un intrigant et magnifique thème du pianiste Freddie Redd, intitulé "The Thespians", à écouter aussi dans sa version originale (Shades of Redd, Blue Note 14375)



Pour finir encore une nouvelle formation du batteur, décidément à géométrie variable, "The Jazz Communicators", clin d'oeil évident à plus d'un titre, aux "Jazz messengers", par le style d'ensemble, le répertoire, mais surtout comme le faisait le vétéran Art Blakey, par le fait de toujours s'entourer des plus créatifs  parmi les musiciens des nouvelle générations du jazz, ici Abraham Burton et Santi de Briano à nouveau, ainsi que Mulgrew Miller et Steve Nelson, dont le vibraphone donne à l'ensemble une couleur orchestrale très particulière. Lou's Idea, énergique composition du batteur,  le Curtain Call de Barry Harris, Soul Eyes de Mal Waldron, ainsi que le célèbre "Bolivia" de Cedar Walton en sont les moments forts, prouvant que le jeune batteur de Detroit n'avait au moment de cet enregistrement rien perdu de sa vitalité.





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(1) On les trouve à prix plus que correct sur Amazon, où des fonds entiers de CD, pour la plupart d'inestimables collectors, se retrouvent, mais pour combien de temps encore, bradés à quelques euros chez quelques revendeurs, le plus souvent aux  USA, ou au Royaume Uni.

Je suppose qu'il s'agit d'un  déstockage massif d'invendus de la part des grandes compagnies éditrices. Il a du se créer un marché de niche, qui trouvera toujours preneur chez quelques fous dans mon genre. De par son ampleur, Internet permet une rentabilité sur les petites quantités de produits peu demandés.  C'est ce qu'on appelle l'effet "Long Tail", expression utilisée par Chris Anderson en 2004 pour décrire précisément une part de l'activité de compagnies telles qu'Amazon. Selon cette théorie, il semblerait en  effet , et ceci vaut pour les disques et les livres, que la demande totale des articles peu demandés dépasse la demande totale des articles très demandés.

On trouvait bien pour 10 francs fin des années soixante  à Paris chez Gibert-Jeune de la place Saint-Michel des 33 tours originaux, de marque Prestige (tous les Coltrane) ou Riverside (tous les Monk), avec leur lourde pochette cartonnée.

A cette exception, les disques américains en édition originale étaient rares et chers à l'époque. Aujourd'hui quelques clics suffisent pour retrouver en quelques jours à prix modique dans sa boite aux lettres des titres qu'eussent convoités les plus pointus et les plus fortunés  des collectionneurs.

Il est au reste intéressant de noter qu'en ce qui  concerne le jazz, mais cela vaut aussi pour le classique, le vendeur indique souvent par exemple "2 ex. left order soon !" . Ce qui signifie qu'une fois les deux exemplaires restants vendus, la référence deviendra chez lui indisponible pour un temps indéterminé, voire définitivement.

vendredi 8 avril 2011

On the Ginza

Open jazz est une émission quotidienne dédiée à l'actualité du jazz, produite par Alex Dutilh  et diffusée tous les jours, sauf le week-end, sur France Musique après les informations de 19 heures. La programmation permet de découvrir en avant première  nouveautés et rééditions, dont  le nombre témoigne s'il en était besoin, de l'extraordinaire vitalité de la scène jazz mondiale.

Dans la programmation de l'édition du 6 avril dernier, figurait  "On the Ginza", à l'occasion  d'une réédition de "Ugetsu",  par Art Blakey et ses Jazz Messengers,  enregistrés au célèbre Birdland, littéralement "le pays de l'oiseau", un des club new yorkais  les plus fameux. L'oiseau aujourd'hui s'est envolé, il s'appelait Charlie Parker, et son ombre immense plane encore sur cet endroit mythique, à proximité de la cinquante-deuxième rue et de ses  clubs, aujourd'hui disparus,  où le be-bop s'inventait dans la fièvre et l'exaltation des commencements. 



L'enregistrement rassemble  une des  meilleures formations jamais réunies  par Art Blakey, dans une captation  en direct, où  la présence chaleureuse du public porte l'expressivité communicative  à son plus haut degré d'incandescence.

Y  eut-il jamais , s'il en était besoin, plus puissant remède à la mélancolie,  que ces jubilantes fanfares hardbop, exposées à l'unisson sous les coups de boutoir et les fracas  du batteur sorcier ? 

Je ne me lasserai personnellement jamais de la façon dont Art Blakey galvanise à tout instant  ses troupes, ni de sa manière  de moduler  la dynamique et l'intensité en distribuant sans parcimonie du pied et des mains, fills explosifs aux toms,  éclats de cymbale  et pressing rolls de fin du monde, en contrepoint de la pulsation principale. 


Voici donc au menu des réjouissances:

"One by One" : Après une introduction par le célèbre nain  Pee Wee Marquette, qui était  alors le Monsieur Loyal du Birdland, le set démarre sur le thème de Wayne Shorter sur un afterbeat marqué, rappelant celui de la célébrissime "Blues March".

"Ugetsu": est  une composition "orientalisante"  très caractéristique de la manière de Cedar  Walton, avec un puissant motif rythmique récurrent plaqué en accords  d'où  émerge périodiquement la légendaire  pulsation du leader sur la grande cymbale ride. On pense bien sûr au "Tokyo Blues" ou au "Too much  saké" du quintet d'Horace Silver

"Time Off" : de Curtis Fuller est l'occasion pour  celui-ci  de démontrer toute sa capacité à  phraser de façon fluide sur un uptempo, ce qui au trombone représente  le défi permanent de savoir concilier articulation  et vélocité  avec la souveraine aisance des plus grands. 

"Ping Pong", le bien nommé expose un motif rythmique qu' Art Blakey s'amuse à reprendre en rim shots  sur le cercle de sa caisse claire, en imitation du son produit par rebond de la balle.

La fameuse photo de Francis Wolff, utilisée pour la 
pochette du disque "The Big Beat", Blue Note BLP 4029

"I didn't  know what time it was", la très belle ballade de Rodgers et Hart, fournit  à Wayne Shorter l'occasion de déployer un solo lyrique et inspiré, se concluant par une impressionnante rentrée de toute la formation juste avant que la coda ne vienne mettre en valeur toute  la vibrante plénitude de la colonne d'air du saxophoniste.

"Eva", encore une de ces composition majestueuses en tempo lent , dont Wayne Shorter a le secret, "The High Priest" de Fuller, et "Conception" ne figuraient pas dans l'édition originale, ainsi  que  le fameux "The Theme", par lequel Miles Davis avait l'habitude d'annoncer la fin de ses sets. 

Il est amusant  de noter qu'Ed Sherman, en introduction du texte pochette  de l'édition vinyle originale, les fameuses liner notes, trouvait difficile à croire qu'une formation dirigée par un batteur, aussi fameux qui plus est,  pût devant une audience new-yorkaise "hip", enregistrer tout un disque sans prendre un seul solo de batterie. Ce disque en était la preuve à ses yeux, mais l'aventureuse hypothèse s'effondre dans "The Theme" à l'écoute du  long et roboratif solo dont Art Blakey ainsi qu'à l'accoutumée, régala en fait ce soir là  son auditoire.



"On the Ginza" est pour finir une  composition de Wayne Shorter, trop méconnue, comme le soulignait à juste titre Alex Dutilh,  et qui mériterait d'être reprise aussi  souvent qu'ont pu l'être "Lester left town", "Foot prints" ou "Speak no Evil". Le thème  sonne magnifiquement, exposé par cette même front line de rêve, soutenue par Cedar Walton et Reggie Workman, qui rend abolument indispensables tous les albums Blue Note d'Art Blakey où elle figure. On pense en premier lieu à "Buhaina's delight", mon favori, mais aussi bien sûr à "Mosaïc", "Indestructible" et  "Free For All". En introduction, Blakey prend soin d'expliquer que Ginza est le quartier commercial de Tokyo, un peu l'équivalent de nos Champs  Elysées. Il n'omet pas au passage sa plaisanterie favorite, qu'il répétait à chaque concert: "In this tune we feature... no one in particular". 



Puisqu'il est question du Japon, vers lequel malheureusement tous les regards se tournent en ce moment, je terminerai ce billet en rappelant que les jazzmen en activité à cette époque avaient tous une prédilection pour ce pays, au point de s'y produire en concert  et d'y enregistrer de nombreux disques, (Modern Jazz Quartet, Duke Jordan, Milt Jackson, John Coltrane, Miles Davis, Joe Henderson etc...) 

Cette fascination s'explique par une certaine réciprocité de la part des amateurs de jazz nippons, par lesquels ils étaient manifestement mieux considérés que dans leur propre pays, au point même pour certains d'acquérir un le statut de ces "trésors vivants", réservé aux plus vénérés et rafffinés détenteurs des savoir-faire  traditionnels dans la société japonaise. 


C'était vrai pour Elvin Jones ou Tommy Flanagan par exemple et c'est encore à ma connaissance le cas pour  l'un des derniers survivants de cette période, le grand Barry Harris. Art Blakey enregistra "Ugetsu", (dont il nous dit aussi en introduction que c'est le mot japonais pour "fantaisie")  au retour d'une tournée à coup sûr triomphale en ce pays. Une autre preuve en serait un deuxième disque enregistré pour Riverside, un peu moins connu et intitulé tout simplement..."Kyoto".